Les Jeux Olympiques de Rio de Janeiro se sont achevés le 21 août 2016 et pour une fois les voileux ont pleinement été associés à la fête puisque les régates se sont déroulés dans la baie. Les véliplanchistes français, Charline Picon et Pierre Le Coq, se sont distingués en obtenant respectivement l'or et le bronze dans la catégorie RS:X. Camille Lecointre et Hélène Defrance ont, quant à elles, ramené le bronze en 470.

Actualité à la Hune

JO de Rio 2016

Équipe de France, état des lieux

  • Publié le : 08/11/2013 - 00:17

Guillaume Chiellino, directeur de l"équipe de FranceQuelques mois après avoir pris ses fonctions en tant que directeur des équipes de France, Guillaume Chiellino fait le point sur les performances des olympiens tricolores.Photo @ Jean-Marie Liot FFVÀ 34 ans et après avoir entrainé les 49er pendant plusieurs années, Guillaume Chiellino a hérité du poste de directeur des Équipes de France, resté vacant depuis le départ de Claire Fountaine en 2008, et embrasse la cause depuis le printemps dernier.
D’un enthousiasme pétillant, il multiplie les déplacements pour rester proche des coureurs engagés dans la nouvelle préparation olympique et s’efforce de les placer dans les meilleures dispositions pour que Rio soit un succès tricolore.
Après une première saison engageante, il fait pour nous un état des lieux série par série de nos potentiels.

 

RS:X femmes
Charline Picon, 5e du championnat du monde
Eugénie Ricard, 16e

«Charline Picon a largement dominé cet été, bien qu’elle n’ait fait "que" 5e au championnat du monde : à l’européen comme au Test Event de Santander, elle a été impériale. L’autre bonne nouvelle, c’est Eugénie Ricard qui se rapproche très près du podium ; ses résultats restent malgré tout encore en dents de scie. Toutes deux sont très fortes dans le petit temps – statistiquement, c’est ce qui est attendu à Rio, et même s’il faut se méfier de ce genre d’a priori, c’est plutôt bon signe. Eugénie a à progresser dans les conditions de planning, mais elle pourrait devenir la deuxième planchiste que l’on cherche pour stimuler Charline. Si sa place de 8e aux Jeux avait de quoi la rendre amère, elle ne s’est pas longtemps posé de questions et est très bien repartie après Londres et l’annonce que la planche restait olympique. Le changement d’entraineur, le nouveau préparateur physique, les axes de travail l’ont bien relancée. Elle est même un peu au-dessus de ce qu’elle pouvait faire il y a six mois.»

Jolie saisonCinquième d'un mondial organisé très tôt dans la saison, Charline Picon a décroché le titre européen de RS:X, cet été, à Brest.Photo @ Lionel Cottin FFV

RS:X hommes

Julien Bontemps, pas de participation au championnat du monde
Pierre Le Coq, 9e
Louis Giard, champion du monde Jeunes

«La RS:X hommes fait partie des séries bien disposées : on a LE champion, Julien Bontemps, médaillé d’argent aux Jeux de Pékin et double champion du monde, qui a décidé de repartir. Et derrière, il y a la génération de jeunes dont les dents rayent le parquet et qui ont fait de supers performances cette année : Pierre Le Coq et Louis Giard qui ont respectivement terminé 3e et 5e de l’européen. Pour Julien, avoir cette concurrence est top, car ils vont nécessairement le pousser dans ses retranchements. En plus, il y a une très bonne ambiance, les gens bossent ensemble et cela se passe bien avec l’entraineur.»

 

Laser Radial
Mathilde de Kerangat, 13e du championnat du monde
Amélie Riou, 14e
Marie Bolou, 30e

«Nos deux têtes de pont, Sarah Steyaert et Sophie de Turckheim, sont parties sur d’autres séries. Par contre, derrière, on a des jeunes plutôt fortes. On est contents de l’avant saison. Elles ont toutes fait dans les dix premières d’une semaine olympique, frôlant le podium à trois reprises, alors que toutes les meilleures avaient repris – la Belge Evi Van Acker est arrivée plus tardivement, mais la Hollandaise Marit Bouwmeester, la Chinoise Xu Lijia, l’Anglaise Alison Young et l’Irlandaise Annalise Murphy, soit les cinq premières des Jeux olympiques. Il ne s’agissait certes pas des épreuves majeures non plus. L’européen était déjà un peu plus dur. On en a envoyé trois sur le championnat du monde, car on voulait absolument les jauger sur l’épreuve de référence de l’année. (Au moment de l’interview, les résultats du mondial n’étaient pas encore tombés, ndr.) Quoi qu’il en soit, elles ont été regroupées à La Rochelle, il y a une émulation, l’entraineur les a beaucoup suivies et elles ont beaucoup navigué ces deux dernières années… Cela porte ces fruits, sachant qu’il faut du temps pour faire émerger des talents et que devant, cela ne s’arrête pas forcément. Il y a du niveau dans la série, mais elles ont le potentiel et c’est clairement au mondial de Santander, l’année prochaine à mi PO, que l’on saura dans quel niveau on joue.»

 

Laser
Jean-Baptiste Bernaz, Mondial 2013 à courir du 17 au 23 novembre prochains

«Déjà, on a essayé quelque chose : changer d’entraineur et choisir Pascal Rambeau, avec toute l’expérience qu’il a. Ce qui a de sûr, c’est que Jean-Baptiste Bernaz n’a jamais été aussi régulièrement dans les dix premiers que sur cette saison. Son niveau moyen s’est donc élevé. Maintenant, va-t-il être capable d’aller chercher la performance que l’on attend de lui, un podium sur un championnat du monde ? Réponse dans quelques jours,  Oman. En attendant, physiquement, techniquement et mentalement, ils s’en sont donnés les moyens avec son nouvel entraineur. Pour les jeunes derrière, on reste en difficulté. Dans le Sud de la France, le Laser ne fonctionne plus et il faut qu’on relance la série. On a réellement un trou générationnel, sachant que certains bons sont passés sur d’autres supports – comme Jonathan Lobert et Thomas Le Breton, ou plus récemment Mathieu Frei – et qu’il faut du temps pour en former d’autres. On a essayé de regrouper nos meilleurs à La Rochelle, mais pour l’instant on n’est pas au niveau où l’on devrait être, il ne faut pas se mentir. Peut-être va-t-il falloir que l’on aille chercher chez les moins de 18 ans… Eliot Merceron ou Maxime Mazard ont déjà eu des résultats chez les moins de 21 ans. Il faut qu’ils bossent le physique pour aller chercher d’autres performances. Il y a aussi Anthony Munos, un peu plus âgé, qui fait des choses intéressantes par moment mais qui doit encore travailler sur son mental, car il peut être fragile sur les grands événements.»

 

Meilleur score mondial pour LobertOn a en tête la médaille de bronze olympique de Jonathan Lobert, mais dans les faits, il n'avait jamais terminé à une aussi bonne place sur un mondial que cette année : 5e.Photo @ D.R. FFV

Finn
Jonathan Lobert, 5e du championnat du monde
Thomas Le Breton, 16e

«Jonathan Lobert n’a pas subi de contrecoup après sa médaille de bronze à Londres : en terminant 5e du championnat du monde, il réalise sa meilleure performance sur un événement de cette envergure… Tout le paradoxe, c’est qu’avec sa médaille olympique, on voit Jonathan sur un podium, mais la réalité, c’est qu’il n’était jamais allé aussi haut sur un événement mondial. Durant toute cette saison, il a joué avec les tous meilleurs – même si c’est le jeune Brésilien Jorge Zarif qui a créé la surprise en décrochant la Gold Cup –, le Hollandais Peter-Jan Postma, l’Anglais Ed Wright, le Slovène Vasilij Zbogar… Il  a gardé ses qualités au portant et a fait de gros progrès au près, quelles que soient les conditions… On est plutôt très contents. Quant à Thomas Le Breton, il a largement consacré son année à naviguer sur d’autres supports, en MOD 70 notamment ; il avait déjà fait ça avant les Jeux, mais a poussé le bouchon un peu loin, là, et manquait un peu de pratique spécifique. Cela n’a rien de catastrophique, il n’était pas totalement hors du coup sur le mondial, mais un peu court, oui. Maintenant, il va se remettre à bloc dans le Finn car aller chercher une médaille olympique reste son objectif ultime. Quand tu sais que l’un des deux en est capable, c’est plutôt pas mal car cela te donne le niveau cible à atteindre !»

 

470 féminin
Camille Lecointre et Mathilde Géron, 4e du championnat du monde avant leur séparation et le nouveau départ de Camille Lecointre avec Hélène Defrance
Cassandre Blandin et Charlotte Mery de Bellegarde, 18e
Maelenn Lemaitre et Aloise Retornaz, championne du monde jeunes

«On va vers une crise ? Je ne sais pas… (Il rit.) Il y a plusieurs séries dans lesquelles on n’a qu’un seul représentant de très haut niveau et le 470 féminin en fait partie. Dans ces conditions, c’est difficile de dormir sur ses deux oreilles – même si les coureurs eux-mêmes ne détestent pas l’idée d’être tout seuls. Du reste, on a eu une politique très volontariste sur les équipages jeunes et ce n’est pas le désert, derrière. Maelenn Lemaitre et Aloise Retornaz sont quand même championnes du monde jeune. C’est évident qu’il y a une sacrée marche entre un mondial jeunes et un mondial sénior, n’empêche que chacun sait qu’en regardant les classements des mondiaux ISAF Jeunes des années 90, tu pouvais voir qui Ben Ainslie allait devenir. Cassandre Blandin et Charlotte Mery de Bellegarde ont quant à elles terminé 7e de l’européen et régulièrement fini autour de la 10e place. Après, Emmanuelle Rol (l’ex barreuse d’Hélène Defrance, ndr) n’est pas si loin des plans d’eau. Ingrid Petitjean est actuellement enceinte et veut faire du Nacra 17, mais peut-être qu’un jour elle voudra revenir au 470… D’autant que le niveau de la série a été asséché par le 49er FX et le Nacra 17 et que cela peut donner de meilleures opportunités de revenir aux filles. En bref, il nous faudrait un 2e équipage et on a encore un an pour l’identifier et le faire progresser.»

 

Coup de maîtresLe nouvel équipage garçon de 470 n'a pas trainé pour se faire remarquer : un titre de vice-champion du monde ! Chez les filles, en revanche, cela bouge...Photo @ Lionel Cottin FFV

470 masculin
Pierre Leboucher et Nicolas Le Berre, 2e du championnat du monde
Sofian Bouvet et Jérémie Mion, 8e
Nicolas Charbonnier, pas de participation

«Voilà une autre série où l’ambiance de travail est très bonne entre l’équipage d’anciens et de jeunes. Plus Nicolas Charbonnier qui est en train de recruter un nouvel équipier, car il a très très envie de revenir ; c’est un gagnant et quand tu t’es éloigné un petit peu de ton terrain de jeu, tu as envie de revenir. Il n’est pas vieux et le 470 a cette particularité que l’on peut performer jusqu’à tard – les champions olympiques à Athènes avaient plus de 80 ans à eux deux. S’il revient, ça nous fera trois équipages top gun. L’association Pierre Leboucher et Nicolas Le Berre a fait des étincelles (il rit), car devenir vice-champions du monde après deux mois et demi d’entrainement, ce n’est pas rien. Sofian Bouvet et Jérémie Mion sont champions d’Europe et ont été plus en retrait sur le mondial. Ces coureurs ont beaucoup d’expérience, envie de collaborer et un entraineur, Bertrand Dumortier, qui les connaît très bien… On est bien loti.»

 

49er FX
Sarah Steyaert et Julie Bossard, 3e du championnat du monde
Marie Soler et Caroline Vandame, 40e
Lili Sebesi et Violette Lemercier, 42e
Marion Leprunier et Alizée Gadel, 46e

«Dès sa nomination comme entraineur national, Benjamin Bonnaud s’est rapproché du pôle de Marseille – le pôle de référence français pour le 49er – et a généré une belle activité, recrutant énormément pour engagé cinq équipages sur le championnat du monde 2013, auquel il faut ajouter un 6e pas suffisamment aguerri pour le courir. Elles ont beaucoup navigué, particulièrement cet été pour ce qui est de Sarah Steyaert et Julie Bossard, Marion Leprunier et Alizée Gadel, et au vu des résultats au mondial, cela porte ses fruits. Du reste, quand on observe la flotte des 49er FX et sa manière de naviguer, on constate qu’elle est très jeune et on pense que l’expérience de la régate que peut avoir l’équipage Steyaert/Bossard – et forcément quelques étrangères aussi – va nous servir. Après, il reste encore du bagage technique à acquérir, même si dans le petit temps elles vont déjà très vite.»

 

Double troisDeux places de 3e sur les mondiaux 49er et 49er FX, pas mal, non ? Entraineurs, coureurs et directeur des équipes, tout le monde est manifestement aux anges.Photo @ Lionel Cottin FFV

49er
Emmanuel Dyen et Stéphane Christidis, 3e du championnat du monde
Julien D’Ortoli et Noé Delpech, 6e
Mathieu Frei et Yann Rocherieux, 13e

«En 49er, les parcours ont été très différents, cet hiver, d’un équipage à l’autre. Emmanuel Dyen et Stéphane Christidis avait envie et besoin de faire d’autres supports et on les a accompagnés. Résultat, ils sont bien dans leurs têtes et ont appris des expériences de haut niveau qu’ils ont eues sur d’autres supports. Manu a beaucoup navigué en D35, en match-race… Quant à Steph’, on a pris le temps qu’il fallait pour soigner ses problèmes de dos. Donc s’ils ont moins navigué en 49er, on a bien vu qu’ils avaient le bagage pour faire quelque chose sur le mondial. À l’inverse, les autres garçons n’ont pas arrêté de naviguer sur leur skiff et ça a plutôt porté ses fruits : Julien D’Ortoli et Noé Delpech ont terminé 3e de l’européen, puis 6e du mondial.»

 

Nacra 17 en forceAvec le titre mondial de Billy Besson et Marie Riou et deux podiums sur l'européen, le Nacra 17 tricolore démarre en flèche sa première PO. Photo @ Thom Touw FFV

Nacra 17
Billy Besson et Marie Riou, champions du monde
Moana Vaireaux et Manon Audinet, 5e
Audrey Ogereau et Matthieu Vandame, 16e
Franck Cammas et Sophie de Turckheim, pas de participation

«En Nacra 17, on a énormément d’équipages de tout premier plan : Billy Besson et Marie Riou sont champions du monde, Marie a refait un podium sur l’européen avec un autre barreur, Moana Vaireaux et Manon Audinet terminent 5e sur le mondial alors que c’est leur premier mondial sur une série olympique et Franck Cammas et Sophie de Turckheim ont fait un super européen alors qu’ils avaient très peu navigué ensemble. Leur entraineur Franck Citeau (6e des Jeux d’Atlanta en Tornado, avec Frédéric Le Peutrec, ndr) a vraiment fait un travail génial : tu regardes une régate de Nacra 17 aujourd’hui, les Français vont plus vite – enfin, avec les Hollandais qui ont le chantier chez eux. C’est plutôt bien et l’idée, c’est de conserver cette avance. Cet hiver, un gros volume d’entrainement est prévu à Agadir, au Maroc. Franck et Sophie devraient donc bien accélérer. Et puis, il y a Ingrid Petitjean et Olivier Backes qui vont s’y mettre.» 

 

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Guillaume Chiellino en bref

1978 : naissance
1984 : découverte de la voile sur le croiseur familial
1988 : début en compétition en Optimist, au Grand Large
1994 : entrée en section sport études au Lycée Marseilleveyre de Marseille, en Laser
1997 : champion de France Laser des moins de 21 ans
1999 : champion de France Laser des moins de 21 ans
2000 : reçu comme professeur d’EPS et passage en 49er
2002 : détaché auprès de la FFV pour devenir entraineur des 49er au pôle de Marseille
2003-2008 : entraineur national des 49er
2008-2012 : nomination comme «coach manager» de l’équipe de France, en charge du suivi du sportif
2013 : nomination comme directeur de l'équipe de France.