Les Jeux Olympiques de Rio de Janeiro se sont achevés le 21 août 2016 et pour une fois les voileux ont pleinement été associés à la fête puisque les régates se sont déroulés dans la baie. Les véliplanchistes français, Charline Picon et Pierre Le Coq, se sont distingués en obtenant respectivement l'or et le bronze dans la catégorie RS:X. Camille Lecointre et Hélène Defrance ont, quant à elles, ramené le bronze en 470.

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Polémique

Ben Ainslie ira-t-il aux Jeux ?

Mondial de Perth : Ainslie pète un plomb, molestant un journaliste. L’affaire lui fait perdre son titre en Finn… Et n’est pas finie. Encourant un retrait de licence, l’icône anglaise pourrait être privée de JO.
  • Publié le : 17/01/2012 - 00:05

Note au plongeon : 10 sur 10Scène surréaliste du mondial à Perth, qui se joue à quelques mètres seulement de la plage : après avoir réglé ses comptes avec ceux qui l'ont gêné durant sa 9e manche, l'Anglais Ben Ainslie plonge depuis le bateau presse sur lequel il est monté quelques instants plus tôt, et rejoint son Finn à la nage. Photo @ Mick Anderson

Mouchoir de pocheDurant toute cette 9e manche, c'est le Hollandais Pieter-Jan Postma qui a mené de quelques longueurs devant Ainslie... Et le bateau presse les suivait de près. Lors de l'instruction, il a été établi que l'Anglais avait demandé plusieurs fois à son skipper de s'écarter, mais que celui-ci n'en a rien fait.Photo @ Paul Kane Ocean Images / Perth 2011Au championnat du monde ISAF courue à Perth en décembre, il est un événement "marginal" qui a défrayé la chronique. A la fin de la 9e manche des Finn courue juste devant la digue, Ben Ainslie – qui mène au classement général – est au coude à coude avec le Hollandais lorsque la vague du bateau presse qui les suit de près favorise son concurrent. Pieter-Jan Postma gagne la manche et l’instant d’après, l’Anglais plonge, rejoint ledit bateau presse et moleste le caméraman en assénant «You have no respect !», «Vous n’avez aucun respect !»

Un seul photographe – le Danois Mick Anderson – shoote l’intégralité de la scène et les images font le tour de la terre en quelques heures.
Ainslie exploseQuiconque s'attendrait à ce qu'un multi-médaillé olympique âgé de 34 ans fasse preuve de maturité et maîtrise ses nerfs. Pourtant, dès la ligne d'arrivée franchie en 2e position, Ainslie explose et éructe : le comportement du bateau presse le fait sortir de ses gonds.Photo @ Mick Anderson Que le quadruple médaillé olympique a un côté Dr Jekyll et Mister Hyde – de gendre idéal, maladivement timide à terre, il se change en sportif engagé et agressif en mer – n’est ignoré de personne sur le circuit olympique : même s'il n'est peut-être jamais allé aussi loin, visage colérique, engueulages sur l'eau et mises au point ne sont pas des comportements étrangers à Ainslie qui a l'habitude de défendre son territoire.
Mais le public qui découvre ces photos surréalistes s’enflamme, postant des centaines de commentaires sur les réseaux sociaux.

En dépit d’une lettre d’excuses que le Finniste adresse au skipper du bateau presse dès son retour à terre, il est convoqué par le jury présidé par Bernard Bonneau. Si les images ne sont pas toutes explicites, les faits établis par le jury diront qu’Ainslie n’a pas frappé le journaliste, ni cherché à s’en prendre à une seconde personne sur le bateau.

Accostage virilL'instant d'après, Ainslie accoste le bateau presse et abandonne son Finn pour monter à bord.Photo @ Mick Anderson Pour se défendre, le coureur explique son coup de sang comme celui d’un sportif aveuglé par l’intensité du jeu ; même si personne n’a été blessé, son attitude n’en est pas moins jugée impardonnable parce qu’antisportive et véhiculant une image négative de notre sport. Et le fait que personne sur le bateau presse n'ait rien regretté de leur conduite n'a rien changé à la donne. En vertu de la règle 69.1, il écope de deux DND à la place des deux manches du jour – soit deux fois le maximum de points, non compressible.

La peine est jugée zélée par certains – elle aurait pu aller d’un simple avertissement à l’exclusion de l’épreuve, mais une seule DND aurait peut-être suffi –, car elle entraîne la rétrogradation de Ben Ainslie à la 11e place du classement provisoire, à la veille de la Medal Race.
L"objet du délitSi l'image est un peu confuse, il semblerait qu'Ainslie n'ait frappé ni le skipper, ni le passager situé à l'avant, duquel il se rapprochera ensuite, mais n'aurait "que" secouer et engueuler le premier.Photo @ Mick Anderson Celui-ci se trouve donc écarté de cette ultime manche, perdant toute chance de remporter son 6e titre mondial en Finn. Selon les règles 69.2 et 69.3, elle marque également le début d’une procédure : la Fédération anglaise et/ou l’ISAF doivent se saisir du dossier afin d’envisager un retrait de licence de X mois.

A cette heure, la RYA a déjà communiqué qu’elle déplorait le jugement qui a été rendu à l’égard du coureur qu’elle a sélectionné pour les Jeux de Londres, où Ainslie est sensé remporter une 5e médaille – ce qui serait un record absolu dans la discipline –, mais qu’elle traiterait le dossier pour rendre son verdict en février. La Fédération internationale – dont le secrétaire général n’est autre que Jerome Pels, le beau-frère d’Ainslie – n’a quant à elle pas fait de commentaires.

Lettre d"excusesDe retour à terre après les deux manches du jour (il a fini 7e de la seconde), Ainslie se fend d'une lettre d'excuses à l'intention du skipper du bateau média et, à en juger par son attitude décontractée, semble confiant quant à l'issue de cette mésaventure. Quelques heures plus tard, il est néanmoins convoqué par le jury.Photo @ Paul Kane Ocean Images / Perth 2011Au point où on en est, il reste à se demander s’il y a une chance pour que l’icône Ainslie serve à démontrer que la voile est un sport noble, par l’intermédiaire d’une éventuelle interdiction de courir ? Si tel devrait être le cas, opterait-on pour un long retrait de licence qui l’empêcherait d’être aux Jeux de 2012, disputé dans son propre pays, où il est attendu pour inscrire son nom dans l’histoire au titre du marin ayant remporté le plus de médailles de l’histoire ?
Difficile d’affirmer quoi que ce soit. Mais il paraît à nombre d’entre nous que d’interdire Ainslie de Jeux ne serait non pas zélé, mais carrément contre-productif… Et tout particulièrement en terme de médiatisation.

 

Mine déconfiteDire que Ben Ainslie a la mine déconfite à la sortie du jury tient de l'euphémisme. Puni de deux DND, il encaisse 74 points net, ce qui le fait rétrograder à la 11e place. Une seule DND l'aurait conduit à la 7e place et il aurait pu courir la Medal Race, sans espoir de terminer mieux que 4e.Photo @ Paul Kane Ocean Images / Perth 2011

 

>> Le point de vue de l’intéressé >>
Ben Ainslie ne s'est guère exprimé sur cette affaire, en dehors de la défense qu’il a présentée au jury, le 10 décembre dernier. Seuls quelques Twit postés sur son profil (ici) ont laissé entendre qu’après une nuit courte, il a regagné l’Angleterre, soulagé de quitter tout ça.
En revanche, lors de la conférence de presse organisée mardi dernier, à Londres, pour annoncer le lancement de Ben Ainslie Racing, son nouveau défi dédié à la Coupe de l’America, le sujet n’a pu être évité, quoique traité par l'humour.
Le lendemain, Ainslie a finalement repris la plume dans le blog qu’il tient sur le site du Telegraph ; si le sujet de son billet (ici) était le lancement de BAR, il en a profité pour rompre enfin son silence.

Statut d"icôneMédaillé d'argent en Laser (96), puis d'or dans la même série (00), puis en Finn en 2004 et 2008, neuf fois champion du monde, neuf fois champion d'Europe, brillant en olympisme, mais aussi en match-race... Ben Ainslie mérite largement son statut d'icône de la voile, alors qu'il devrait remporter une 5e médaille olympique à Londres cet été, puis s'engager dans la Coupe de l'America... Souhaitons-lui alors d'avoir les nerfs suffisamment solides pour assurer sur des multis eux-mêmes relativement nerveux. Photo @ Richard Langdon Ocean Images / Perth 2011«Pour l’heure, mon seul objectif se doit d’être les Jeux de Londres.
Mon altercation avec un cameraman à Perth, le mois dernier, est un faux-pas. Je ne vais pas le nier. Même si j’ai fait l’objet d’un bon nombre de plaisanteries de la part de mes amis qui ont salué la qualité de mon plongeon et m’ont conseillé de défier Tom Daley, champion de plongeon de haut vol depuis plateforme de 10 mètres, plutôt que les meilleurs skippers mondiaux, je suis tout à fait conscient de la gravité de mon geste. On demande beaucoup aux sportifs, qu’ils aient l’esprit de compétition, une forte personnalité et soient acharnés. Mais je suis pleinement conscient qu’en tant que membre expérimenté de l’Equipe d’Angleterre, j’ai la responsabilité de donner l’exemple, pas seulement aux jeunes marins, mais aux jeunes en général.
La seule chose que je puisse dire pour ma défense – et cela ne saurait justifier mon acte – est que la situation était extrêmement déplaisante et que j’ai demandé plusieurs fois au bateau média de se tenir loin de moi. Mais il est resté trop près. Se faisant, j’ai eu le sentiment qu’il affectait sévèrement le déroulement de ma manche.
Avec le recul, il est clair que j’aurais dû attendre d’être à terre pour rédiger une réclamation en bonne et due forme, mais hélas, sur le moment j’ai vu rouge. J’ai accepté le jugement, mais ai été dégoûté de perdre mon titre mondial de cette manière. J’ai néanmoins été satisfait de voir que par la suite – je suis resté pour suivre la finale des Finn et regarder Giles Scott ramener brillamment l’or à l’Angleterre – le bateau média s’est tenu à bonne distance.
La RYA va maintenant décider si le cas doit aller au tribunal. Bien sûr, je me conformerai à sa décision, quelle qu’elle soit.
Ce qui ne te tue pas te renforce, comme on dit, et mon expérience à Perth m’a rendu deux fois plus déterminé à remettre les choses en ordre, cet été.
Il reste maintenant un peu moins de 200 jours d’ici les Jeux. […] A partir de maintenant, toute mon énergie va à cette ultime préparation, ce qui signifie que le prochain rendez-vous est à Palma, en mars.»

 

N°492...........
> Retrouvez le bilan complet du mondial à Perth dans l'article
«Avec Perth et fracas», publié dans le numéro de février de Voiles et Voiliers (n°492), en kiosque dès le 20 janvier.

> Feuilletez le numéro, ici.

 

 

 

 

 

En complément

  1. 10/01/2012 - 11:48 Coupe de l’America : L’Anglais Ben Ainslie y va doucement Branle-bas de combat, ce matin, à Londres : le héros national Ben Ainslie annonçait lors d’une conférence de presse qu’il fondait le "Ben Ainslie Racing" – dont le nom est déjà abrégé en "BAR" – une écurie de course dédiée à la Coupe de l’America, épreuve mythique dont il rêve depuis des décennies… Mais compte tenu de la proximité du prochain événement et de l’objectif olympique fixé – Ainslie devrait cet été remporter sa cinquième médaille –, le Britannique ne devrait être en course que pour la 35e édition. Aucun sponsor n’a encore été signé, mais Russell Coutts, qui s’était déplacé pour l’occasion et s’estimait ravi qu’un tel skipper rejoigne la Coupe, a annoncé une forme de parrainage entre Ben Ainslie et Oracle Racing, le skipper anglais étant invité à naviguer sur les AC45 de l’équipe américaine en attendant que son propre projet soit lancé. A l’heure actuelle, BAR ne compte que son skipper, un manager, un directeur commercial et un autre de communication, aucun navigant n’ayant été recruté – mais il n’y aurait rien d’étonnant à ce que ses amis d’enfance, comparses olympiques et ex partenaires au sein du défunt Team Origin en soient, dès les prochains Jeux terminés.
  2. ben ainslie, la légende 19/10/2011 - 00:02 Extreme Sailing Series 2011 – Interview Ben Ainslie : «J’aimerais participer à la prochaine America’s Cup !» Triple médaillé d’or olympique en Laser et en Finn, Ben Ainslie brigue un quatrième titre consécutif aux Jeux de Londres en 2012 – ce serait historique. En attendant, il remplace Sidney Gavignet à la barre de l’Extreme 40 Oman Air sur trois étapes des Extreme Sailing Series – Trapani, Nice et Almeria –, et découvre pour l’occasion le multicoque. Un premier pas vers l’America’s Cup ? Le Britannique y pense… Interview.
  3. ainslie, le superbe 09/08/2008 - 11:54 JO, au jour les jeux (3) Ainslie vise une nouvelle médaille en Finn Gilles Martin-Raget - notre envoyé spécial en Chine -, nous livre son récit quotidien des moments forts des Jeux olympiques. Impressions, coups de coeur, étonnement, performance, interviews des athlètes... Bienvenue sur la planète olympique !