Le jeudi 19 janvier 2017, Armel Le Cléac'h remportait la 8e édition du Vendée Globe sur son monocoque Banque Populaire VIII après un tour du monde sans escale et sans assistance. Le Finistérien améliorait ainsi le précédent record de près de 4 jours (3 jours, 22 heures et 40 minutes) établi par François Gabart lors de sa victoire lors de l'édition 2012-2013. Mais au-delà de la compétition et des records, le Vendée Globe c’est une histoire de technique et d’humanité, de mer et de sel, de limites et de dépassement. Et nous, on aime… Alors la rédaction de voilesetvoiliers.com vous en fait suivre les péripéties de près.

Actualité à la Hune

L'analyse de Dominic Vittet

Chacun sa route, chacun sa météo

Dans cette régate planétaire, on pourrait croire l’océan infiniment grand. Et, infiniment petits, les bateaux ont pour vocation de s’y perdre. Au bout de quelques jours, les écarts sont tels que, de toute façon, chacun sa météo, chacun sa route.
  • Publié le : 15/11/2016 - 07:16

Hugo BossSur son Hugo Boss volant, Alex Thomson sort du Pot au Noir en tête et avec une belle avance sur le reste de la flotte.Photo @ Mark Lloyd/Hugo Boss

Si jamais deux marins sont espacés de moins de 20 milles, ils se cherchent. Que fait l’autre ? A-t-il du vent ? Va-t-il plus vite ? Pour cette analyse locale, les marins disposent d’un outil d’espionnage parfait : le système AIS. Par le biais des ondes de  la radio VHF, cette liaison automatique et obligatoire sur tous navires au large, et qui a pour but initial de prévenir toutes collisions, donne en permanence la vitesse et la route suivie par le voisin. L’information est immédiate, précise et peut se révéler précieuse dans un contexte compliqué comme le Pot au Noir.
Mais mieux encore. On cherche à se voir !
Avec leurs mâts qui culminent à 28 ou 29 mètres de hauteur et une bonne visibilité, les IMOCA sont visibles jusqu’à 10 ou 12 milles s’ils arborent une voile de portant (spi ou gennaker). Cette distance se réduit à 6 ou 7 milles si l’observateur se situe dans l’axe de l’autre. Cela devient délicat si les voiles sont plates et ne dessinent plus qu’un trait bien fin, joliment incliné sur l’horizon.
La lumière, l’exposition, et la qualité de l’air peuvent naturellement moduler, transformer ou anéantir toutes ces belles données théoriques. Ainsi, au gré des lumières rasantes du matin ou du contraste du couchant, les bateaux apparaissent ou disparaissent de la surface des flots.
Dans leur long chemin solitaire, les marins sont donc tentés de se rapprocher, surtout si la cible est un bon lièvre. Ils s’observent, se prennent au jeu, peaufinent leurs réglages et vont plus vite.
Et puis, il y a quelque chose de rassurant d’être ensemble à l’image de Armel Le Cléac'h (Banque Populaire) et Vincent Riou (PRB) qui ne se lâchent plus !

Louis BurtonLouis Burton et Bertrand de Broc ne se quittent plus eux non plus. Nul doute qu"ils se cherchent, s"observent, s"épient.Photo @ Stéphane Maillard/Bureau Vallée

Dans le combat infernal que se livre le groupe de tête, chaque marin a son dilemme :
soit faire de la stratégie, en fonction des informations météo, soit de la tactique en observant en permanence les copains sans jamais trop s’en éloigner.

Quand les conditions sont « claires », l’envie stratégique reprend le dessus.
Quand l’incertitude demeure, le jeu tactique rassure.
Il faut dire que dans cette traversée du Pot au Noir, l’eau à 30° et la verticalité du soleil donnent à la masse d’air une telle volatilité que les fichiers météo sont à la peine. Les routages sont caducs et il vaut mieux avoir un œil sur le ciel que sur l’écran. En quelques heures, les nuages naissent, grossissent et meurent. Les risées passent et trépassent et il faut faire fissa pour profiter du souffle providentiel d’un grain éphémère. Ou changer de cap pour éviter une grosse masse inerte qui mange le vent dans un rayon de 10 ou 30 milles…
Face à un tel champ de possibles et de risques,  certains bateaux se regroupent ou se suivent pour mieux se préserver d’un mauvais choix éventuel.  Dans le sillage de Josse (Edmond de Rothschild), Meilhat (SMA), Beyou (Maître CoQ) et Lagravière (Safran)  attendent d’y voir plus clair. Burton (Bureau Vallée) et de Broc (MACSF) ne se lâchent plus.

Banque Pop depuis PRBPreuve qu'ils ne se lâchent plus : Banque Populaire VIII, photographié ce 15 novembre depuis PRB alors que les bateaux quittent le Pot au Noir.Photo @ Vincent Riou/PRB

Bravant l’incertitude, Alex Thomson tente crânement sa chance.
Il fait fi des autres. Point de tactique ou de petites économies, il attaque en pur stratège.
Après avoir porté un premier coup sans succès au large de Finisterre, il a jeté un froid en passant au milieu des îles du Cap Vert.
Bingo ! Utilisant parfaitement les couloirs de vent et les accélérations au ras des reliefs volcaniques, il a pris la tête pendant que « les autres » se décalaient prudemment vers l’Ouest. Sans mettre un millilitre d’eau dans sa bière anglaise, le voilà lancé dans un cavalier seul à travers le Pot au Noir, du côté du 27
è Ouest alors que les statistiques conseillent sagement de passer du côté du 30e, soit 180 milles plus à l’Ouest !
Comme il l'explique lui-même : « les fichiers de vent ne servent plus à rien dans cette zone ». Il se fie à ce qu’il voit, ce qu’il ressent. Et il fonce.
Ça passe ou ça casse. Mais s’il ne s’arrête pas et qu’il sort de cette zone à hauts risques en tête avec une avance confortable, ça va faire mal, très mal.
L’alizé de Sud Est lui tend les bras, là, juste quelques milles devant son étrave. Il lui offre un boulevard pour creuser un écart énorme dans l’Atlantique Sud avec sa machine supersonique.
Quel beau tempérament cet Alex. On ne peut que lui souhaiter le meilleur !

(Cette nouvelle analyse matinale est signée Dominic Vittet. Durant tout le Vendée Globe, l’ancien vainqueur de la Solitaire du Figaro, Champion de France solitaire ou Champion du Monde Class40 – entre autres – devenu analyste météo et routeur, nous livre son analyse de l’évolution de la course.)

Classement mardi 16 novembre à 5 heures

1.       Alex Thomson (Hugo Boss), à 21 563 milles du but
2.       
Armel Le Cléac’h (Banque Populaire VIII), à 65,6 milles du premier       
3.       Vincent Riou (PRB), à 68,6 milles
4.       Sébastien Josse (Edmond de Rothschild), à 83,5 milles
5.       Paul Meilhat (SMA), à 84,9 milles

Classements et positions live ici : cartographie du Vendée Globe.