Le jeudi 19 janvier 2017, Armel Le Cléac'h remportait la 8e édition du Vendée Globe sur son monocoque Banque Populaire VIII après un tour du monde sans escale et sans assistance. Le Finistérien améliorait ainsi le précédent record de près de 4 jours (3 jours, 22 heures et 40 minutes) établi par François Gabart lors de sa victoire lors de l'édition 2012-2013. Mais au-delà de la compétition et des records, le Vendée Globe c’est une histoire de technique et d’humanité, de mer et de sel, de limites et de dépassement. Et nous, on aime… Alors la rédaction de voilesetvoiliers.com vous en fait suivre les péripéties de près.

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TOUR DU MONDE

Denis Horeau quitte la direction de course du Vendée Globe

Ce n’est rien de dire qu’à 164 jours du départ du 8e Vendée Globe, il y a du rififi dans l’air ! Après David Brabis, directeur général, remercié il y a quelques jours, c’est Denis Horeau, l’emblématique directeur de course depuis des lustres, qui a annoncé qu’il passait le relais à Jacques Caraës, après avoir dirigé quatre Vendée Globe… dont le premier.
  • Publié le : 26/05/2016 - 15:00

Denis Horeau quitte la direction de course du Vendée Globe !Denis Horeau, directeur de course lors de quatre éditions du Vendée Globe, au départ, saluant chaque concurrent – ici Armel Le Cléac’h. Photo @ Didier Ravon

Alors que le Vendée Globe n’a plus rien à prouver, ni sur son succès quasi planétaire, ni sur sa légitimité aussi sportive qu’aventurière… en coulisse, du côté de la Roche-sur-Yon et des Sables-d’Olonne, il se passe des choses troublantes, pour ne pas dire inquiétantes. Certes, il n’est sans doute pas facile de faire cohabiter des politiques, élus du département de la Vendée et des spécialistes de la course au large au sein de la SAEM Vendée présidée par Yves Auvinet et dirigée depuis quelques jours par Laura Le Goff, juriste propulsée à la direction générale. Le Vendée Globe est devenu une telle institution que les élus se retrouvant à sa tête se voient imposer une énorme machine… et n’ont d’autre choix que de tout faire pour la faire vivre et la magnifier. Mais jusqu’ici, il faut bien avouer que toute opinion politique mise à part, Philippe de Villiers d’abord, puis Bruno Retailleau dans une moindre mesure – et qui ont successivement présidé l’épreuve – ont plutôt donné l’impression de bien s’adapter, de déléguer et ne pas trop se mêler des aspects strictement sportifs… même si le Vendée Globe, victime de son succès, a régulièrement connu de sérieuses turbulences, à commencer par l’éviction de son créateur Philippe Jeantot il y a quelques années. Pas question pour autant de jeter la pierre à Yves Auvinet et ses acolytes, qui ne devaient pas s’attendre – alors que ce 8e Vendée Globe s’annonce à nouveau exceptionnel avec l’arrivée des foilers et un plateau aussi hétérogène que séduisant – à devoir gérer autant de difficultés. La rançon de la gloire ?

Un directeur de course respecté

Denis Horeau est du sérail – il a longtemps couru à la grande époque des multicoques dans les années 1980 – et il connaît intimement chaque skipper. Il n’a donc plus grand-chose non plus à prouver et possède en plus une vraie légitimité. Jusqu’à aujourd’hui, le respect mutuel et la complicité entre lui et les coureurs ont toujours transpiré – il suffit d’en parler avec les vainqueurs et autres ténors du «Vendée», où il fait l’unanimité. Il faut dire aussi qu’après sa carrière de navigateur professionnel, le patron d’Ambrose Light a été longtemps directeur de course de la Solitaire Bompard-Le Figaro (neuf fois), de la Barcelona World Race, de la Little Cup… du Vendée Globe (quatre fois)… et connaît la musique ! On pressentait bien, depuis quelques mois, que Denis Horeau, pourtant réputé pour son intransigeance, n’avait plus vraiment les mains libres. Il ne semblait guère écouté, lui qui a toujours mis un point d’honneur à défendre les intérêts des skippers… et de cette course devenue, en vingt-cinq ans, un événement désormais aussi connu que la coupe du monde de foot, le Tour de France cycliste, Roland-Garros ou les 24 Heures du Mans. Les chiffres de 2012 et la victoire de François Gabart parlent d’eux-mêmes : neuf millions de visiteurs sur le site Internet de la course, 285 millions de pages et 30 millions de vidéos vues, 500 000 joueurs au Vendée Globe virtuel, 85 heures de direct télé et 1 700 journalistes accrédités. En outre, il donnait l’impression d’être usé par l’attentisme ambiant… même si l’on ne sait pas tout. Si le Vendée Globe est devenu cette épreuve mythique, elle le doit bien sûr à Philippe Jeantot et Titouan Lamazou, aux coureurs évidemment… mais aussi à Denis Horeau.

Denis Horeau quitte la direction de course du Vendée Globe !Le Vendée Globe désormais aussi connu que le Tour de France cycliste, la coupe du monde de foot, les jeux Olympiques ou Roland-Garros. Photo @ Didier Ravon
 

Non, il n’a pas été viré !

Contrairement à ce qui a pu être dit çà et là, notamment sur les réseaux sociaux, Denis Horeau n’a pas été viré ! Il a choisi de passer le relais à Jacques Caraës (2 coupes de l’America, 4 tours du monde en course dont deux trophées Jules Verne victorieux), car sans doute fatigué de devoir se battre pour maintenir l’essence même du Vendée Globe. Le mail que Denis Horeau a adressé hier pour annoncer son départ était élégant, non polémique, laissant poindre beaucoup de regret et explicitant clairement qu’il restait à disposition de la nouvelle direction de course en cas de besoin… Ce jeudi 26 mai, on pouvait s’étonner de ne pas voir un mot quant au départ du directeur de course sur le site officiel de l’épreuve… mais à sa décharge, il paraît que tout le staff du Vendée Globe était à ce moment-là dans l’avion pour New York ! N’empêche, on est en droit de s’inquiéter, de se poser certaines questions, comme le décalage apparu entre la direction de course et la SAEM Vendée, comme le décalage de cette même direction de course avec les skippers depuis la montée en puissance de l’IMOCA, plus que jamais derrière ses coureurs. De là à penser que l’IMOCA – qui se bat pour promouvoir la classe – a fait en sorte que les coureurs limitent les contacts avec Denis Horeau, il n’y a qu’un pas, que l’on ne franchira pas pour autant ! Enfin, le fait que le directeur de course ne soit pas présent à New York ce week-end pour le départ d’une transat (la New York-Vendée) qui, à la base, est annoncée comme le Warm Up du Vendée Globe, paraît quand même quelque peu étrange et confirme que, malgré les apparences, cet avant-Vendée Globe n’a rien d’un fleuve tranquille.

Denis Horeau quitte la direction de course du Vendée Globe !Hyperpopulaire mais très lourd à gérer, le Vendée Globe attire les foules mais traverse une période de turbulences à 164 jours du départ de sa 8e édition. Photo @ Didier Ravon