Le jeudi 19 janvier 2017, Armel Le Cléac'h remportait la 8e édition du Vendée Globe sur son monocoque Banque Populaire VIII après un tour du monde sans escale et sans assistance. Le Finistérien améliorait ainsi le précédent record de près de 4 jours (3 jours, 22 heures et 40 minutes) établi par François Gabart lors de sa victoire lors de l'édition 2012-2013. Mais au-delà de la compétition et des records, le Vendée Globe c’est une histoire de technique et d’humanité, de mer et de sel, de limites et de dépassement. Et nous, on aime… Alors la rédaction de voilesetvoiliers.com vous en fait suivre les péripéties de près.

Actualité à la Hune

«En Solitaire» : la voile sur grand écran

Le Vendée Globe fait son cinéma !

Histoire centrée sur la voile, acteurs renommés (Cluzet, Canet, Effira), budget conséquent, tournage en mer à bord d’un vrai 60 pieds IMOCA (DCNS) : le film «En Solitaire» (sortie prévue le 6 novembre 2013) suscite la curiosité. Présentation.
  • Publié le : 07/09/2012 - 00:01

Ambiance aux SablesLe 10 novembre prochain, jour du départ Vendée Globe, l’équipe d’En Solitaire profitera de l’ambiance dans le chenal des Sables d’Olonne pour tourner la scène d’arrivée de Yann Madec, le skipper incarné par François Cluzet.Photo @ Gérard Cazade DPPI

C’est un pari inédit, donc risqué : un film grand public qui plonge les spectateurs dans l’univers de la course au large en solitaire, et du Vendée Globe en particulier. D’un budget de 17 millions d’euros, En Solitaire – sortie prévue le 6 novembre 2013 – sera la première réalisation de Christophe Offenstein, le chef opérateur de Ne le dis à personne et Les Petits mouchoirs. Dans le rôle principal, François Cluzet – rien moins que l’un des acteurs français les plus "bankable" du moment, récemment auréolé du succès d’Intouchables –, mais aussi Guillaume Canet et Virginie Efira. Largement de quoi susciter la curiosité !
Scénario, conditions de tournage en mer, avis de «vrais» skippers : voilesetvoiliers.com a donc voulu en savoir un peu plus sur ce long métrage attendu !


Un scénario grand public
Jusqu’à présent, bien peu d’éléments ont filtré quant au scénario. On sait qu’En Solitaire mettra en scène le destin de Yann Madec – un Breton, visiblement… –, remplaçant de dernière minute d'un skipper vedette, blessé avant le départ du Vendée Globe… Et aussi qu’une avarie va bouleverser sa course. Mais l’équipe de réalisation entretient le mystère sur les autres péripéties de ce tour du monde. «Nous ne voulons pas trop en dévoiler alors que le tournage n’a même pas débuté, justifie Jean Cottin, producteur du film. Mais je peux dire qu’il y aura trois niveaux de narration : l’aventure du solitaire à bord de son monocoque, le suivi des autres concurrents au sein du PC course et, enfin, la vie à terre du team du bateau avec notamment la fille du skipper. Nous passerons sans arrêt d’un niveau à un autre pour ne pas lasser le grand public qui n’a pas forcément envie de voir uniquement des images de voile.»
Avec ça, difficile de juger de la qualité du film sans entrer dans le procès d’intention. On espère simplement que le réalisateur ne grossira pas trop le trait et que les rebondissements ne seront pas tirés par les cheveux… Des travers toujours possibles dans ce type de démarche. Et on attendra quand même beaucoup des scènes de navigation.

A bord de DCNSPour un rendu réaliste, les équipes de réalisation ont souhaité que l’action se déroule à bord d’un vrai 60 pieds IMOCA. Elles ont jeté leur dévolu sur DCNS – le bateau avec lequel Marc Thiercelin a notamment participé au dernier Vendée Globe –, racheté pour l’occasion. Photo @ Jean-Marie Liot DPPI

Effet de réalisme : le vrai défi
De ce point de vue, rien ne sera simple. Jean Cottin détaille le déroulé d’un tournage qui durera trois mois : «Des prises de vue seront d’abord organisées du 1er octobre au 5 novembre dans le Golfe de Gascogne. Le bateau sera alors basé à Lorient dans les locaux du team Groupama. Puis nous nous déplacerons aux Sables-d'Olonne à l’occasion du départ du Vendée Globe, le 10 novembre. Nous profiterons de l'animation et du dispositif de la course pour filmer l'arrivée de notre skipper dans le chenal : François Cluzet (l’acteur, parrain de la course, en aura préalablement donné le départ, ndlr). Puis nous passerons un mois aux Canaries pour les prises de vue en "mer chaude" et à nouveau deux semaines à Lorient pour filmer les images du PC course et de la vie du team. Enfin, un dernier tournage aura lieu en décembre en Mer du Nord, au large de la Norvège, pour les prises de vue en "mer froide". Suivra le travail de post-production jusqu’en juin, pour une sortie prévue le 6 novembre 2013.» Vaste programme !

D’autant que contrairement au projet initial, aucune scène ne sera tournée en studio. Tout se fera au large, en conditions réelles, à bord de DCNS, racheté pour l’occasion et actuellement en chantier chez CDK à Lorient. «Me voilà donc l’heureux propriétaire d’un 60 pieds IMOCA !», s’amuse Jean Cottin.
L’équipe du film aura néanmoins recours à des effets spéciaux pour retranscrire les conditions extrêmes. «Les images en mer devront être de grande qualité, car elles seront destinées au cinéma et non pas aux PC ou smartphones, justifie le producteur. Sachant que les contraintes liées au milieu marin seront énormes : les conditions pouvant changer totalement en quelques instants, tourner une scène d’une minute pourrait bien prendre un temps fou !»

Pour obtenir le meilleur rendu possible, il y aura beaucoup de matos – quatre caméras fixes, deux caméras épaule – et du monde à bord – une douzaine de personnes. Et en comptant le bateau accompagnateur, il n’y aura pas moins de 24 personnes en mer ! Dont les membres de l’"équipe voile" – Alex Pella (le skipper d’Estrella Damm) et Yann Riou (mediaman de Groupama 4 lors de la Volvo Ocean Race) notamment – qui auront pour mission de faire marcher le bateau dans de bonnes conditions.
En amont, les équipes du film ont aussi bénéficié des conseils techniques de Denis Horeau. Le directeur de course du Vendée Globe a notamment aidé à l’écriture du scénario et à la mise en place de ce dispositif de tournage. Mais «tout cela ne garantit pas le succès du film en salle, prévient le producteur. Finalement, nous sommes comme les coureurs : dans l’incertitude du résultat !»

Tournage difficileToutes les images de navigation seront filmées au large, et non en studio. D’une durée de trois mois, le tournage se déroulera dans le Golfe de Gascogne, aux Sables-d’Olonne, dans les Canaries et en Mer du Nord. De quoi potentiellement glaner de belles images du bord…Photo @ Vincent Rustuel DPPI

Et l’avis des coureurs ?
Et les coureurs, comment jugent-ils l’idée de faire un film autour du Vendée Globe ? Interrogés à ce sujet, Jean Le Cam, Marc Guillemot et Tanguy de Lamotte voient tous trois d’un bon œil une démarche qui, chose rare, mettra en avant leur sport auprès d’une audience très large.

«Le Vendée Globe, l’une des grandes aventures de notre époque, offre un support intéressant pour le cinéma, analyse Tanguy de Lamotte. Le film va donner une autre dimension à la course car il va forcément toucher plus de monde que les spectateurs  présents au départ aux Sables-d’Olonne.» «Le fait qu’un producteur s’intéresse au Vendée Globe prouve que ce que nous faisons a une vraie valeur», renchérit Marc Guillemot.

Des skippers bienveillants mais exigeantsJean Le Cam, Marc Guillemot et Tanguy de Lamotte jugent avec bienveillance ce film qui met en avant leur sport. Mais, en tant qu’acteurs du prochain Vendée Globe, ils seront des spectateurs particulièrement exigeants !Photo @ D.R. F. Tanneau / S. Gaspari / V. CurutchetLes trois navigateurs pensent aussi que la sortie en salles d’En Solitaire sera un plus pour l’image du Vendée Globe. «La course s’en sortirait sans le film, mais tout ce qui peut être ajouté en terme de communication est bon à prendre. Surtout qu’il sortira un an après le départ, dans une période habituellement un peu creuse, et pourra donc servir de relai médiatique entre les deux éditions», explique Jean Le Cam.

Jean Le Cam qui, tout comme Marc Guillemot, ne souhaite pas vraiment se prononcer quant à la qualité du scénario faute d’informations à ce sujet.
Tanguy de Lamotte, apparemment plus au fait des péripéties, a un jugement plus prononcé : «C’est du cinéma, du divertissement, donc il faut injecter plus de piment. Il y aura peut-être des rebondissements un peu loufoques. Mais le but est de faire rêver le public, il est logique qu’En Solitaire ne raconte pas l’histoire d’un skipper lambda.»

Soit. Les trois marins iront-ils voir le film ? «Bien sûr !», répondent-ils en chœur. «En tant qu’acteur du Vendée Globe, j’aurai un regard attentif et critique sur la manière dont le sujet est traité. Et je serai plus exigeant que le grand public, qui ne sait pas ce que ça fait d’être seul en mer pendant si longtemps», annonce Marc Guillemot. «J’ai hâte de voir comment ils vont traiter le truc !», s’enthousiasme à son tour Jean Le Cam. Avec leurs regards d’experts, ils ne seront pas des spectateurs complaisants, bien au contraire.

L’équipe du film est donc prévenue : le 6 novembre 2013, les plus redoutables critiques ne seront peut-être pas les chroniqueurs culturels, mais bien les skippers du Vendée Globe.