Le jeudi 19 janvier 2017, Armel Le Cléac'h remportait la 8e édition du Vendée Globe sur son monocoque Banque Populaire VIII après un tour du monde sans escale et sans assistance. Le Finistérien améliorait ainsi le précédent record de près de 4 jours (3 jours, 22 heures et 40 minutes) établi par François Gabart lors de sa victoire lors de l'édition 2012-2013. Mais au-delà de la compétition et des records, le Vendée Globe c’est une histoire de technique et d’humanité, de mer et de sel, de limites et de dépassement. Et nous, on aime… Alors la rédaction de voilesetvoiliers.com vous en fait suivre les péripéties de près.

Actualité à la Hune

IMOCA – Vendée Globe

François Gabart : «J’ai la même taille de winch que Riou»

  • Publié le : 30/08/2011 - 05:04

Macif sous voiles Et voilà le travail ! Quelques jours après sa mise à l'eau, Macif a fait sa première sortie sous voiles. Par chance, la météo clémente de cette première semaine a permis de tout fiabiliser en douceur. Photo © Paul-Edouard Henry (MACIF) A la veille de partir en qualification pour la Transat Jacques Vabre, en double avec son co-skipper Sébastien Col, François Gabart parle avec un enthousiasme entêtant des journées bien remplies qui se sont succédées depuis la mise à l'eau de son IMOCA Macif, le 16 août dernier... Tout en réfléchissant bien à ce qu'il peut et ne peut pas dire. Celui qui, à 28 ans, a accompagné Michel Desjoyeaux dans la dernière Barcelona World Race (abandon en fin de descente de l'Atlantique) et pourrait être désigné comme son fils spirituel, joue du même humour, semblant même parfois reprendre ses intonations de voix et, pour sûr, maîtrise déjà l'art de la communication. Extraits choisis.


Attention ! Travaux d'Hercule
Un tout nouveau "jouet" pour Gabart Difficile de contenir son bonheur pour François Gabart qui, à 28 ans, met à l'eau son premier IMOCA Open 60, Macif. Objectif : Vendée Globe 2012-13. Photo © Vincent Curutchet (MACIF) François Gabart ne cherche pas à dissimuler son excitation. Depuis le 16 août dernier, date de mise à l'eau de son plan Verdier/VPLP, il ne touche plus terre, dans tous les sens du terme, et ne tarit pas d'enthousiasme.
Le récit de ses premières sorties sous voiles de Macif est sans arrêt ponctué d'éclats de rire, alors que le skipper assume un gros emploi du temps. Jonglant entre les impératifs - baptême du bateau, stages à Port-la-Forêt, disponibilités de son co-skipper Sébastien Col sur la Jacques Vabre, il <essaye de voir en fonction des travaux à faire sur le bateau, des ressources humaines disponibles et des conditions météo, de manière à naviguer le plus possible sur un bateau le plus prêt possible. [...] A chaque nav', on essaie d'être productifs (Rires) et efficaces, donc quand on va sur l'eau, on sait pourquoi. En gros, on a une visibilité sur une dizaine de jours, sachant qu'en rentrant de chaque sortie, on a une job list qui va nous occuper jusqu'à la prochaine fois.>

Timing et job list La mise à l'eau d'un nouveau bateau marque la fin d'une période frénétique, celle de la conception et de la construction, et le début d'une autre tout aussi foisonnante. Le test de retournement, impressionnant, n'en est qu'une étape symbolique. Photo © Vincent Curutchet (MACIF) Gabart a du pain sur la planche. La première étape a été de tester la fiabilité de Macif et des éléments qui y sont indépendamment apportés, dans un rythme crescendo. Il faudra bientôt qu'il se familiarise avec ce bateau, à sa conduite, aux manoeuvres, aux changements de voiles... Avant de s'attaquer à son optimisation, de nouveaux développements, une éventuelle évolution pour augmenter la performance. L'objectif annoncé est le Vendée Globe 2012-13.

Ce sont sept personnes qui travaillent à plein temps sur le projet, plus les quelques ressources de Mer Agitée qui interviennent ponctuellement, soit environ dix personnes qui embarquent régulièrement sur Macif. <On essaie de trouver le bon compromis pour être suffisamment à bord pour pouvoir faire les choses rapidement et que chacun dans son domaine de compétences puissent vérifier ce qu'il a à vérifier. Mais aussi que les gens aient le temps de se reposer à terre pour rester efficaces.>

Et évidemment, il y a Gabart lui-même. En plus d'être un coureur au large à la progression fulgurante - débarqué de l'olympisme en 2005, il est champion de France de Course au large en solitaire en 2010 -, Gabart est ingénieur, diplômé de l'INSA de Lyon. Une formation - et un état d'esprit - qui l'ont impliqué entièrement dans la conduite de son projet IMOCA... Au risque de s'y perdre ? <Il est clair que durant la phases de conception et construction du bateau, on réfléchit beaucoup et on remet beaucoup de choses en question. Mais après, on aura toujours des choses à optimiser et on ne lâchera jamais ça... Au moins jusqu'à l'été 2012. Tout l'enjeu est d'arriver à placer les éventuelles modifications pas trop près des enjeux - mais parfois, il faut aussi le faire et on n'a pas le choix. Après, c'est sûr qu'entre préparation sportive et préparation technique, il y a un curseur à placer. Mais je suis sûr aussi que c'est un équilibre qui a changé : notre sport évolue, la classe IMOCA évolue, les bateaux sont plus techniques et plus aboutis, nos équipes sont de plus en plus nombreuses et professionnelles, le niveau sportif sur l'eau a augmenté et entre les trois dernières éditions du Vendée Globe, la manière de le préparer aussi. [...] On est obligé d'avoir une vision technique globale, même en nav', même pendant le Vendée Globe, sinon ça ne marche pas.>


Rêve et réalit Ça y est, Gabart tient la barre de son IMOCA - le n°301, clin d'oeil à ses premiers Opti et au Foncia 2 de Desjoyeaux - pour le prochain Vendée Globe et toutes les courses d'ici là. Pour l'heure, Macif est encore à quai, mais quelques jours plus tard, il aura déjà accumulé les milles. Photo © Vincent Curutchet (MACIF) L'inquiétante avarie du quasi sistership
Si la mise à l'eau de Macif a certes révélé <quelques mauvaises surprises et quelques autres bonnes>, le skipper ne semble jamais se départir de son calme. <Depuis le début du projet, je n'ai jamais été stressé. C'est une chance, je pense, et j'en suis ravi. Est-ce que c'est grâce à ma façon de fonctionner ou à la structure qui m'entoure ? Je n'en sais rien. [...] J'ai la chance de travailler avec des personnes qui ont déjà beaucoup d'expérience et sont capables d'être autonomes. Et aussi, quand j'ai des interrogations, je peux toujours poser la question à Michel Desjoyeaux et il est de bon conseil.>

Gabart ne connaît pas le <stress négatif>, mais seulement l'ivresse de mener un projet IMOCA, enjeux importants et programme chargé compris. Il est ravi de cette vie qu'il a choisie. <Je ne dis pas que l'on n'a jamais rien à penser et à réparer. On a en permanence des choses à réparer, c'est par définition comme ça que cela fonctionne et je ne me fais pas d'illusions là-dessus : ce sera comme ça pendant quatre ans.>

Même lorsque début août, le quasi-sistership de Macif, l'ex Foncia, est ramené au port alors que la coque présente une inquiétante fissure ? Gabart : <On va forcément jeter un oeil, essayer de comprendre, voir ce que l'on a fait de différent, de mieux ou de moins bien. Evidemment, on regarde ça attentivement, parce que ce n'est pas anodin.> Mais le skipper de Macif évoque le respect qu'il a pour Armel Le Cléac'h, qui a hérité de l'ex Foncia, et reste une tombe. <Il y a plus de choses qui se disent et s'échangent à Port-la-Forêt que les courses qui suivent peuvent le laisser le croire. Sur ce type de problématique, on est essaie de réfléchir tous ensemble. Des choses étaient déjà intégrées à Macif, d'autres ont été rajoutées et des études sont toujours en cours pour essayer d'augmenter les marges de sécu.>


Qui c'est qui bricole ? Qui c'est qui bricole au bout de l'outrigger de Macif ? On dirait bien Michel Desjoyeaux resté très proche de François Gabart, qu'il a invité comme son co-skipper sur la BWR, et toujours impliqué dans ses projets. Photo © Vincent Curutchet (MACIF) Expérience et transmission des savoirs
Pour Gabart, la descente de l'Atlantique qu'il a faite aux côtés de Michel Desjoyeaux, début 2011, à l'occasion de la Barcelona World Race semble avoir été l'équivalent de mettre les doigts dans la prise. Avoir eu le droit de goûter l'intensité du jeu a probablement affirmé en lui l'envie de courir autour du globe, car après les bonnes tranches de rigolades qu'il s'est payées avec Mich' et le début de bagarre de haut niveau livrée à Dick et Peyron, l'abandon de la course sur une avarie de mât n'a fait qu'exciter sa frustration.

Copie corrigée Au vu de ce que Gabart a appris durant le bout de BWR qu'il a couru sur l'ex Foncia, le sistership de Macif, et lors du retour sur l'avarie d'Armel Le Cléac'h qui court maintenant dessus, ce devrait être dans ces zones-là du bateau que les coefficients de sécurité ont été revus et/ou augmentés. Photo © Vincent Curutchet (MACIF) <J'ai ainsi appris la fragilité de ces belles machines et l'importance du détail dans la phase de mise au point et de construction. Je pense que c'est pour ça qu'aujourd'hui, on essaie d'être le plus rigoureux possibles pour essayer de diminuer le risque de casse. Mais il faut accepter que ça puisse casser. [...] Tout le monde le sait, mais le fait de le vivre te fait appréhender les choses différemment. Le vivre te l'imprime profondément dans le corps et au fond de la tête.>

C'est donc bien avant que Le Cléac'h rentre au port sur avarie que Gabart a choisi d'intégrer des marges de sécurité plus grandes sur Macif qu'elles ne l'étaient sur l'ex Foncia. Mais son flegme naturel l'a également empêché de verser dans l'excès. Bien que Gabart et Desjoyeaux aient été forcés de s'arrêter au Brésil après avoir tapé un OFNI qui a endommagé leur étrave, aucun détecteur n'a été ajouté à son Open 60. <Peut-être qu'on aurait fait trois semaines de plus sur la Barcelona et tapé un glaçon, je me serais dit qu'un détecteur de glace était ma priorité numéro 1>, rit-il de bon coeur.


Le fantasme de la "voile magique"
Avec une règle de classe qui limite à dix le nombre de voiles embarquées (voir l'article de Loïc Le Bras <Dans les secrets des voiles de François Gabart>, ici), les coureurs IMOCA tâchent de résoudre la quadrature du cercle pour rester performants quelles que soient les conditions.

Le fantasme de la "Voile magique" Est-ce que la voile magique existe ? Pas certain... En revanche, une combinaison de voiles qui permette d'être rapide tout le temps, c'est bien possible, même si elle ne se trouve pas comme ça. Photo © Paul-Edouard Henry (MACIF) <C'est tout simplement impossible d'avoir la meilleure voile pour telle force de vent et telle direction de vent, donc c'est une histoire de compromis, tempère le skipper. Il faut donc essayer d'avoir un jeu de voiles qui permette d'avoir un bon compromis tout le temps. Ce n'est pas simple... Euh, je ne suis pas sûr qu'il n'y ait qu'une seule solution. On a beaucoup beaucoup réfléchi là-dessus, parce que je crois que c'est quelque chose d'important et je pense qu'on a fait du bon boulot. Il faudra voir en compétition et dans le temps... Une combinaison peut fonctionner sur une Jacques Vabre une année, et pas l'année suivante. Ce que je veux dire, c'est que sur un même parcours et sur une même course, les conditions peuvent être très différentes. Evidemment, je ne les connais pas encore, mais on a des statistiques. On sait le vent qu'il y a eu en Atlantique Nord sur les quarante dernières années. Du coup, on peut essayer de réfléchir à partir ça. A un moment donné, il faut se baser sur quelque chose... En l'occurrence, c'est la source d'informations la plus juste. Ou la moins fausse.>

Une voile magique dans les cartons ? <La voile magique. On a tous une voile magique dans notre garde robe. (Rires). Cela peut être une voile qui va très très très bien dans une condition donnée. Ou aussi être une voile que l'on considère marcher très bien dans beaucoup de conditions...> Cette dernière solution ayant de grandes chances d'avoir la faveur de l'ingénieur.


La taille des winches fait l'homme
Reste à Gabart, qui jusqu'ici naviguait en Figaro, à s'adapter à sa machine. A Port-La-Forêt, les dates des stages IMOCA sont déjà fixées, ainsi que les thèmes à aborder. <Historiquement ce sont les mêmes personnes, la même structure, les mêmes intervenants : l'organisation en IMOCA est donc la même qu'en Figaro.> Le Cléac'h, Riou, Stamm, Dick, Guillemot et d'autres seront là.

La tête et les jambes de Gabart Ingénieur de formation, Gabart est particulièrement impliqué dans son projet Macif... Outre l'épineux problème du dossier titanesque de la conception, la construction et l'optimisation d'un 60 pieds, l'une des difficultés sera pour lui de savoir redevenir "simple skipper" quand nécessaire. Photo © D.R. (Dassault Systèmes) <Naviguer sur un IMOCA reste un défi physique, ajoute-t-il, parce que ce sont des bateaux puissants, pas faciles à mener. Et qui le sont de plus en plus.> Gabart cite Bernard Stamm et Vincent Riou comme d'une puissance physique extrême. <Il faut être capable de tenir trois semaines sur une transat et trois mois sur un Vendée, où c'est une question d'endurance et d'adaptation de l'accastillage, de taille de winches et de colonnes. Moi, j'ai pris des winches plus petits que ceux de Michel. En fait, de la même taille que ceux de Vincent, tu vois. (Rires.) Mais je ne pense pas que la transmission derrière soit la même. (Rires.) En conclusion, ça ne se résume pas à la taille du winch. (Rires.)>


Parti hier avec son co-skipper en qualification pour la Transat Jacques Vabre, François Gabart devrait être de retour en fin de semaine, une nouvelle job list probablement très complète à étudier. <Sébastien Col est une ressource précieuse, car il est un compétiteur soucieux du détail qui a par ailleurs du recul sur le projet.>

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