Le jeudi 19 janvier 2017, Armel Le Cléac'h remportait la 8e édition du Vendée Globe sur son monocoque Banque Populaire VIII après un tour du monde sans escale et sans assistance. Le Finistérien améliorait ainsi le précédent record de près de 4 jours (3 jours, 22 heures et 40 minutes) établi par François Gabart lors de sa victoire lors de l'édition 2012-2013. Mais au-delà de la compétition et des records, le Vendée Globe c’est une histoire de technique et d’humanité, de mer et de sel, de limites et de dépassement. Et nous, on aime… Alors la rédaction de voilesetvoiliers.com vous en fait suivre les péripéties de près.

Actualité à la Hune

New York-Vendée

Le triumvirat açorien

Regroupement en tête, tempête au centre, pétole à l’arrière : la transat New York-Vendée cultive les contrastes. Et alors qu’il ne restera plus que 1 000 milles à parcourir ce samedi soir, le trio de tête semble désormais intouchable avec plus de 200 milles d’avance et surtout une position favorable pour aborder le golfe de Gascogne… Un final tendu au vu des calmes annoncés.
  • Publié le : 04/06/2016 - 06:36

Maître CoQ BeyouDeuxième, Jérémie Beyou a considérablement réduit son retard sur Alex Thomson : moins de 10 milles les séparent en distance au but.Photo @ Bruno Bouvry / Imagine-air.com / Maître CoQ

Le gros du coup de vent açorien est passé, du moins pour la tête de la flotte, mais si la pause est relative sur un 60 pieds IMOCA, elle ne va être que de courte durée puisqu’il faut maintenant anticiper sur les 300 derniers milles qui s’annoncent particulièrement complexes à appréhender. Car après le tout droit ou presque qui est prévu pour ce samedi avec un flux de secteur Sud quasiment jusqu’à la longitude du cap Finisterre, le golfe de Gascogne va être très laborieux avec des vents erratiques, instables, évanescents, irréguliers et très volages. Comment aborder ce cul-de-sac quand une faible brise d’Est est programmée au large de la péninsule ibérique mais qui va laisser place à une belle bulle lundi midi avec des brises de Sud sur la côte hispanique mais de Nord le long de la Vendée ?

Une belle courbe

Bien sorti de la dépression qui a bousculé le trio leader, Alex Thomson (Hugo Boss) maintient son avance même si elle a diminué vendredi soir lorsque Jérémie Beyou (Maître CoQ) et Sébastien Josse (Edmond de Rothschild) ont réussi à devancer le front. L’empannage en milieu de journée du leader semblait un peu tôt mais il fallait au Britannique se recaler pour négocier la bascule du vent au Sud-Ouest et pour contrôler ses adversaires. Ses deux poursuivants ont donc pu retarder la manœuvre pour se placer au vent dans cette brise de Sud-Ouest puissante qui va toutefois se pondérer au fil du gain vers l’Europe. Car cette perturbation açorienne se déplace désormais assez lentement en remontant doucement vers le Nord-Est, puis en se dissipant sous la pression de la nouvelle dépression qui va intéresser les retardataires…

Et celle-ci s’annonce encore maousse costo ! Elle aussi va balayer l’archipel atlantique avec un violent flux de Sud à plus de 40 nœuds dès lundi soir… Ainsi donc, le triumvirat de tête va réaliser une belle courbe vers le golfe de Gascogne sur un seul bord tribord amure quand le groupe de queue va lui aussi tirer un grand trait oblique vers la Vendée sur le même bord, porté par la brise de Sud-Ouest qui s’installe sous la zone des glaces. Elle est donc bien loin l’orthodromie !

Situation samedi 4 juinL’Atlantique Nord est très perturbé ! Non seulement la dépression açorienne s’étale avant de disparaître pour laisser place à une nouvelle perturbation, mais moult fronts balayent la zone de course.Photo @ MetOffice

Une belle bataille navale

Et si le leader a beaucoup perdu de terrain cette nuit, c’est surtout que ses deux poursuivants ont pu pointer leur étrave plus tôt vers la pointe espagnole. Dans la réalité, le duo Beyou-Josse est positionné 50 milles plus au Sud et ce décalage latéral devrait avoir d’importantes conséquences quand il faudra aborder l’entrée du golfe de Gascogne. Certes cela signifie aussi que si le podium semble se dessiner, la hiérarchie n’est pas encore acquise : ce n’est que lundi matin que la manière d’aborder les vents instables du final va se décanter. Et qui sera alors le plus à l’aise dans les petits airs ? Car si les trois foilers ont bien été dessinés par le même cabinet architectural (VPLP-Verdier), ils n’ont ni les mêmes appendices, ni les mêmes carènes !

En retrait à plus de 200 milles du triumvirat (mais en réalité beaucoup plus loin car plus de 250 milles plus au Sud), un autre trio est en approche de l’archipel açorien : pour Vincent Riou (PRB), l’escale technique prévue d’une demie journée pour résorber la voie d’eau due à un choc il y a trois jours, ne lui permettra pas de batailler pour une quatrième place en Vendée puisque le Japonais Kijiro Shiraishi (Spirit of Yukoh) réalise une fort belle trajectoire.
Au point qu’il pourrait aussi inquiéter le tandem Tanguy de Lamotte (Initiatives Cœur), passé devant Paul Meilhat (SMA) désormais, et qui font route de convergence dans un flux d’Ouest appelà à se maintenir quasiment tout le week-end en faiblissant. Ce duo va donc batailler dans une série d’empannages et il est probable qu’ils traversent les îles quand Fabrice Amédéo (Newrest-Matmut) pourra tirer tout droit dans une brise de Nord-Ouest. Il y a pour ce groupe un brassage stratégique intéressant qui n’est pas facile à anticiper lorsque ces solitaires vont se retrouver entre les deux dépressions…

Météo dimanche 5 juinDès dimanche midi, la nouvelle dépression en cours de creusement va propulser les retardataires vers les Açores, mais en imposant une route très basse pour rester dans les vents portants. Photo @ ZyGrib

Un grand rush à l’arrière

Pour le « club des cinq » retardé par ses escales techniques à Newport, il n’y a pas vraiment de choix stratégiques à faire : il n’y a qu’à attendre que la dépression en cours de formation sorte des starting-blocks ! Positionné autour du 37° Nord, le groupe n’a pas la possibilité de suivre une route directe vers le but : il est contraint de rester à cette latitude au risque de se faire coiffer par le centre dépressionnaire avec de redoutables conséquences… D’ailleurs le Néerlandais Pieter Heerema (No Way Back) et le néo-Zélandais Conrad Colman (100% Natural Energy) sont en limite haute et feraient bien d’incurver légèrement leur route pour gagner un peu de Sud…

Cinquante milles plus bas, le tandem Yann Eliès (Quéguiner-Leucémie Espoir) et Morgan Lagravière (Safran) devrait offrir un beau combat entre le premier exemplaire VPLP-Verdier et la version 2015 du même duo architectural ! Même si les deux IMOCA ont été handicapés par leur contact avec un objet flottant et si les deux skippers visent avant tout à finir cette transat, le comparatif mérite qu’on s’y penche. Quant à Jean-Pierre Dick (StMichel-Virbac), le très long bord tribord amure vers l’Espagne ne va pas favoriser sa vitesse mais sa position encore plus au Sud (cinquante milles) est déjà favorable. Car ce groupe devrait aussi tirer un grand trait sur l’Atlantique jusqu’à la pointe espagnole avec du Sud-Ouest se renforçant franchement en traversant les Açores, pour s’étioler et devenir instable dans le golfe de Gascogne. Une sorte de remake de la problématique des leaders…

 

Classement à 7 heures (heure française)

1. Alex Thomson (GBR), Hugo Boss, à 1 168 milles de l'arrivée.

2. Sébastien Josse (FRA), Edmond de Rotshschild, à 8,8 milles.

3. Jérémie Beyou (FRA), Maître CoQ, à 19,7 milles du leader.

4. Tanguy de Lamotte (FRA), Initiatives Coeur, à 235,7 milles.

5. Paul Meilhat (FRA), SMA, à 257,6 milles.

 

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