Le jeudi 19 janvier 2017, Armel Le Cléac'h remportait la 8e édition du Vendée Globe sur son monocoque Banque Populaire VIII après un tour du monde sans escale et sans assistance. Le Finistérien améliorait ainsi le précédent record de près de 4 jours (3 jours, 22 heures et 40 minutes) établi par François Gabart lors de sa victoire lors de l'édition 2012-2013. Mais au-delà de la compétition et des records, le Vendée Globe c’est une histoire de technique et d’humanité, de mer et de sel, de limites et de dépassement. Et nous, on aime… Alors la rédaction de voilesetvoiliers.com vous en fait suivre les péripéties de près.

Actualité à la Hune

vendée globe

Marc Guillemot : "il va y avoir du piment !"

Bien que privé de foil tribord, cassé samedi suite à une collision avec un OFNI, Alex Thomson occupe toujours largement la tête du classement en ce lundi matin. Son Hugo Boss a bien perdu un peu de son avance mais le Britannique continue d’impressionner toujours autant. Et son actuelle position sur le plan d’eau lui permet – comme l’analyse finement Marc Guillemot – de conserver une position favorable. Derrière, Le Cléac’h, et Josse jouent les chasseurs tout en ne cédant rien. Ils mettent une jolie pression au leader qui a grillé une cartouche. A la barre de leurs bateaux démunis de foils, Vincent Riou (4e) et Paul Meilhat (6e) tiennent superbement la cadence. C’est ce début de course qu’analyse avec intérêt Marc Guillemot. Deux fois au départ du Vendée Globe et cette saison au côté de Bertrand de Broc en tant que chef d’équipe de MACSF, ‘’Marco’’ revient tout d’abord sur les circonstances de l’avarie de carénage de quille juste d’avant d’embarquer pour Recife (ou la Martinique) afin de donner un coup de main à son cousin. Puis nous explique sa vision du déroulement actuel du 8e Vendée Globe.
  • Publié le : 21/11/2016 - 06:21

De Broc Guillemot MACSFVoilà un an, Bertrand de Broc -(à gauche) et Marc Guillemot (à droite) disputaient, lors de la Transat Jacques Vabre, leur troisième Transat en double depuis la Twostar 1981 et se classaient sixièmes (ici à l'arrivée). Cette fois Marco était team manager de son cousin.Photo @ Jean-Marie Liot / DPPI / TJV 2015

Voilesetvoiliers.com : Tu as eu Bertrand de bord au téléphone : quel est l’état des lieux ?
Marc Guillemot :
«  L’état des lieux à bord de MACSF, c’est que les carénages de quille sont endommagés : celui qui protège l’avant de la quille est arraché, celui de l’arrière est abîmé sur la moitié. Pour éviter de mettre de la pression sur la quille, on installe des carénages de manière à protéger l’axe monté sur des paliers. Donc à l’avant et à l’arrière, il y a des carénages en composite. Celui de l’avant a été totalement détruit et celui de l’arrière a moitié enlevé. Cela évite normalement de mettre de la pression d’eau dans le puits. La structure ne devrait pas être endommagée, mais les joints oui : cela peut donc provoquer une voie d’eau… Ce qui s’est passé, c’est que Bertrand a entendu un bruit au large du Portugal mais le bateau a continué à avancer. Au fur et à mesure, le bruit s’est amplifié au point de devenir insupportable : je n’arrivais même plus à comprendre Bertrand au bout du fil !

Voilesetvoiliers.com : Quel était ce bruit ?
M.G.
: Il s’est amplifié de plus en plus ! Depuis mercredi dernier… Il était devenu insupportable au-dessus de treize nœuds de vitesse. Du coup, je ne parvenais même plus à le contacter par téléphone tellement c’était invivable ! Il avait une tête comme une citrouille, ses oreilles sifflaient en permanence. Il a vraiment souffert. Je lui ai donc conseillé de faire route vers Fernando de Noronha pour s’abriter et faire un check-up. Il a abattu de 15° et il est arrivé samedi matin sous le vent de l’île. Mais avec le mât-aile, il dérivait encore à 1,5 nœuds : il a fallu qu’il trouve un mouillage correct sur du sable pour jeter l’ancre.

Voilesetvoiliers.com : Qu’est-ce que Bertrand a constaté ?
M. G.
En plongeant, il s’est aperçu qu’il avait vraiment mal aux oreilles sous l’eau mais il a tout de même pu voir que tout le carénage avant était parti et qu’il ne restait plus que la moitié de celui de l’arrière, arrachée aussi ainsi que la lèvre… Probablement les causes de son mal d’oreilles. Bref, il était impossible de repartir dans ces conditions-là !

De Broc Fernando de NoronhaTriste fin de parcours pour Bertrand de Broc qui s"est photographié samedi dernier une fois son bateau mouillé dans l"archipel brésilien de Fernando de Noronha.Photo @ Bertrand De Broc Bertrand de Broc/MACSF/Vendée Globe

Voilesetvoiliers.com : Quelles solutions envisagez-vous ?
M. G.
Il est impossible d’intervenir sans mettre le bateau au sec, et Bertrand a longtemps réfléchi avant de décider d’abandonner. L’idée de départ, c’était de partir pour Recife (Brésil), mais il n’y a pas grand-chose là-bas. J’ai proposé d’aller à la Martinique où mon cousin qui s’y trouve, Régis Guillemot, peut nous donner un coup de main. Parce que c’est très compliqué d’aller à Fernando de Noronha : c’est une zone protégée et il n’y a qu’un avion par jour qui rallie cette île, complet tous les jours actuellement. Il est donc plus simple d’aller aux Antilles françaises : il va s’y rendre tout seul. Je sais combien c’est dur de passer cinq à six jours en solo après avoir abandonné, mais c’est la meilleure solution si je ne peux pas aller à Fernando ! Parce qu’à Recife, on n’est pas sûr de pouvoir sortir le bateau de l’eau…

Voilesetvoiliers.com : Et en Martinique ?
M. G.
On va pouvoir régler le problème. Et Bertrand tient à ramener son bateau aux Sables-d’Olonne. Donc on ira ensuite en Vendée. Il faut terminer l’histoire. Bertrand devait aller à terre ce dimanche et voir ce qu’il est possible de faire sur zone.

"Alex marque cette première partie de course"

Hugo BossC"est le foil tribord - ici en action - de Hugo Boss qui est cassé depuis samedi matin suite à une collision avec un OFNI. Thomson continue à tenir un rythme élevé malgré le moignon d"appendice qui doit dépasser de la coque.Photo @ Cleo Barnham/Hugo Boss/Vendée Globe

Voilesetvoiliers.com : Que penser de la course au bout de deux semaines ?
M. G.
: Je suivais plus particulièrement Bertrand, mais en analysant les trajectoires, force est de constater que les « foilers » vont très bien. Je tiens à tirer mon chapeau à Alex Thomson qui a tenté des coups. J’aime bien sa façon de naviguer : il n’est pas comme un mouton. Il n’a pas réussi au large du Portugal, mais il a mis la pression, surtout avec son coup tactique dans les îles du Cap-Vert ! Bravo. Il a imposé son rythme en rattrapant Armel (Le Cléac’h, 2e ce matin à 85,1 milles) et en faisant sa route comme il la sentait. Alex marque cette première partie de course.

Voilesetvoiliers.com : Même avec un foil cassé, il a un bateau qui va vite !
M. G.
: Comme tous ceux qui ont des foils ! Il a mis la barre très haute et tout le monde a dû suivre : il a pris l’ascendant et il impose son tempo. Même avec un foil en moins. En sachant que ces bateaux à 15 nœuds, c’est confort, à 18 nœuds ça se dégrade et à plus de 20 nœuds, c’est l’enfer ! Il a tenu des moyennes de 22-23 nœuds pendant plusieurs journées…

Voilesetvoiliers.com : Mais les monocoques classiques vont aussi très vite : cela est dû à l’angle du vent ou au fait que la brise augmente ?
M. G.
: Ils doivent naviguer actuellement avec plus de mer. Donc les skippers de foilers sont sans doute moins à l’attaque : le fait que Hugo Boss soit « handicapé » doit aussi influer sur les réactions des autres. De fait, on voit que les versions « classiques » vont désormais aussi vite ! Cela dépend de l’état de la mer et de la force du vent… Les skippers ont dû rentrer une partie du foil pour ne pas aller trop vite et risquer l’avarie. C’est une phase très intéressante parce que cela signifie que, dans certaines conditions, le foil n’apporte pas grand-chose en termes de performances. Il va y avoir du piment dans les semaines à venir…

Yann ElièsYann Eliès, bien que 8e à quelques 700 milles du leader, est tout sourire sur cette photo prise samedi dernier. Pourtant il n'est plus dans le même système météo que les leaders.Photo @ Yann Eliès/Queguiner-Leucémie Espoir/Vendée Globe

Voilesetvoiliers.com : Tu as fait des routages…
M. G.
Pour Alex Thomson et Yann Eliès : le Britannique arrive avec deux jours d’avance au cap de Bonne-Espérance ! Mais il va falloir longer le « mur des glaces » pendant un bout de temps. Alex est en position favorable parce qu’il est plus Sud et ses poursuivants doivent glisser plus pour éviter une zone de peu de vent au Sud de l’Afrique du Sud…

Voilesetvoiliers.com : Mais quand le vent forcit, tu as tendance à glisser plus !
M. G.
: Oui, mais suffisamment ? En tout cas, Yann Eliès (8e à 699 milles) va être le dernier à espérer rester dans le même système météo : Jean Le Cam (9e à 921 milles) et Jean-Pierre Dick (10e à 945 milles) ne devraient pas pouvoir accrocher le front. Il va y avoir une sacrée différence météo ! Ils vont rester longtemps dans ce marasme qui suit la dépression brésilienne. Certes, les leaders vont devoir négocier un talweg au Sud du cap de Bonne-espérance, donc il peut y avoir regroupement.

Voilesetvoiliers.com : Et derrière ?
M. G.
: Ça va ramer ! Les écarts sont déjà énormes… Jean Le Cam et Thomas Ruyant (11e à 1 094 milles) ont pourtant superbement navigué mais ils vont souffrir. C’est dommage parce qu’ils ont vraiment bien joué. Cela montre que le différentiel est vraiment très important entre les prototypes de dernière génération avec des foils et ceux de 2008 ! 

 

Classement lundi 21 novembre à 5 heures

1.       Alex Thomson (Hugo Boss), à 19 126 milles du but
2.       
Armel Le Cléac’h (Banque Populaire VIII), à 85,1 milles du premier       
3.       Sébastien Josse (Edmond de Rothschild), à 87,8 milles
4.       Vincent Riou (PRB), à 157,9 milles
5.       Morgan Lagravière (Safran), à 170,6 milles

Classements et positions live ici : cartographie du Vendée Globe.