Le jeudi 19 janvier 2017, Armel Le Cléac'h remportait la 8e édition du Vendée Globe sur son monocoque Banque Populaire VIII après un tour du monde sans escale et sans assistance. Le Finistérien améliorait ainsi le précédent record de près de 4 jours (3 jours, 22 heures et 40 minutes) établi par François Gabart lors de sa victoire lors de l'édition 2012-2013. Mais au-delà de la compétition et des records, le Vendée Globe c’est une histoire de technique et d’humanité, de mer et de sel, de limites et de dépassement. Et nous, on aime… Alors la rédaction de voilesetvoiliers.com vous en fait suivre les péripéties de près.

Actualité à la Hune

Vendée Globe

Arnaud Boissières prend déjà date pour 2020

Arnaud Boissières (La Mie Câline) vient d’achever sa troisième circumnavigation d’affilée en 102 jours 20 heures et 24 minutes. En prenant la 10e place de cette 8e édition du Vendée Globe, le «Chaumois» de cœur vient de prouver une fois de plus que la ténacité et la foi sont les principaux moteurs pour accomplir une telle aventure.
  • Publié le : 17/02/2017 - 16:15

Boissières conférenceA 44 ans, Arnaud Boissières vient d’achever son troisième Vendée Globe. Heureux de retrouver son épouse Julia et leur petit Léo âgé de 4 mois.Photo @ Olivier Blanchet/DDPI/Vendée Globe
Comme le vainqueur de cette 8e édition, Armel Le Cléac’h (Banque Populaire VIII), arrivé il y a déjà presqu’un mois, celui que l’on surnomme affectueusement «Cali» en a terminé avec son troisième Vendée Globe à la suite ce vendredi 17 février à 9 h 26. Septième lors de son périple initiatique en 2009, huitième en 2013, il vient de prendre une dixième place honorable, en ayant parcouru 28 155 milles à la moyenne de 11, 04 nœuds.
Son 60 pieds à quai, alors qu’une foule compacte venait de l’acclamer tout au long du chenal d’entrée vers Port-Olona, l’Arcachonnais de naissance pouvait enfin exulter pendant qu’une pluie de bulle de champagne venait de parfumer ses proches, amis et partenaires : «C’est un bonheur intense. Je me suis fait tout le film du projet ces trois derniers jours en pleurant parfois d’émotions et de joie. Je termine dixième et je vois ça pour moi comme une grande victoire. Et pour ceux qui m’ont entouré. Pour eux, je n’avais pas le droit de lâcher prise. Ce troisième Vendée Globe a été pour moi le plus dur.» Il en explique rapidement les raisons, discours sans doute ressassé la longue nuit sans vent précédant son atterrissage : « Il a été dur car j’avais moins navigué avec ce bateau qu’avec les précédents avec lesquels j’avais participé à quatre ou cinq transats avant de m’élancer sur cette épreuve. Ce bateau avait déjà pris le départ du Vendée Globe mais n’avait jamais bouclé cette boucle (un plan Farr mis à l’eau en 2007 et avec lequel Jean-Pierre Dick s’était arrêté dans les mers du Sud après un bris de safran, ndlr.)  J’ai participé avec lui à la dernière Jacques Vabre mais j’avais dû abandonner en ayant déchiré ma grand-voile. M’arrêter en cours de route aurait été trop dur pour moi cette fois-ci. Et j’y suis arrivé.»

Mie CalineLes dernières heures ont été bien calmes pour Arnaud Boissières. Elles lui ont certainement permis d’envisager son avenir de marin avec sérénité.Photo @ Olivier Blanchet/DDPI/Vendée Globe
Il n’a pas été épargné par les problèmes techniques, mais qui peut s’en targuer à l’arrivée d’une telle épreuve. Trappe de ballast explosant au départ, chariot de grand-voile se cassant, voiles fragiles… les pépins se sont égrainés en chapelet de misère. «Quand je cassais un truc, j’avais le sentiment que c’était moi qui me faisait mal. Je pense qu’on était solidaires. Quand je n’allais pas bien, il allait vite et cela me remontait le moral. Aujourd’hui, en ce jour d’arrivée, il est à mon image, fatigué. En revanche il n’a pas maigri» souriait le marin ivre de félicité.

Manque d’outils

La route n’a donc pas été un long fleuve paisible. Arnaud Boissières s’y attendait : «J’étais parti en vrai compétiteur, mais dès que tu commences à casser des petits trucs au quotidien, tu mets le pied sur le frein. C’est comme cela qu’Éric Bellion (CommeUn Seul Homme) m’a déboité, passez-moi l’expression. Il s’est découvert dans les mers du Sud comme moi il y a quatre ans. Moi, je n’avais pas tous les outils en m’a possession. Les outils au niveau du moral mais aussi avec les voiles qu’il fallait pour faire un bon Vendée Globe (pas de code 0 ni de trinquette façon Michel Desjoyeaux, ndlr.). Mais j’avais la foi, me disant qu’il ne faut jamais baisser les bras. Il y a eu des moments difficiles comme le passage des dépressions qu’il fallait éviter et où on mettait du temps à faire repartir la machine. Ce n’était pas bon à vivre. Je pense qu’elles ont fait peur à tous, sauf à Armel et Alex Thomson. Finalement, cette troisième participation a été celle où j’ai eu le moins de vent. Je n’ai pas rencontré des 65 nœuds comme la dernière fois. Des moments que je ne me forcerai pas à oublier car cela me servira pour l’avenir.»

Entrée du chenal - BoissièresL’entrée du chenal demeure toujours un moment fort pour tout marin venant d’accomplir un tour du monde en solitaire. Et un, et deux, et trois Vendée Globe hurlait le public venu en masse en cette belle journée d’hiver.Photo @ Olivier Blanchet/DDPI/Vendée Globe
Un Vendée Globe change un homme ou une femme. Que peut-on encore changer quand on part pour la troisième fois, et surtout que l’on revient aussi radieux ? «Celui-là m’a changé encore plus. Je suis parti en laissant mon nouveau-né et mon épouse, c’est donc une histoire de vie. Là, aujourd’hui, à 44 ans, et je dis cela avec beaucoup d’humilité, je commence à avoir une petite expérience qui m’aidera pour repartir dans quatre ans pour un gros et beau projet, encore plus sportif. La fougue est donc toujours là. Mais je pense que je temporise plus sur les événements, que cela soit pendant la préparation et sur l’eau. Et puis, dans l’adversité on prend du recul. Il faut aussi qu’il y ait une bonne relation avec le bateau. Après, ce n’est pas une expérience aveugle. Par rapport à des Jean-Luc Van den Heede ou un Thomas Coville, je n’ai passé que trois fois le cap Horn et terminé que trois tours du monde. Ce n’est pas énorme

Déçu sportivement

Ce tour s’achevant sur une 10e place n’est sans doute pas ce qu’il espérait intimement. Une fois à l’écart de ses fans et de la foule, il l’avouait humblement : «Ce n’est pas dans l’adversité que j’ai perdu la moelle dans la compétition. C’est plutôt dans le manque de vécu avec mon bateau. Le manque de préparation. Effectivement, s’il y a un bémol sur ce tour, c’est que je suis déçu sportivement. Mais quand je regarde de plus près la fin de course, je suis content de ne pas avoir rencontré les conditions qu’ont vécues Nándor Fa, Éric Bellion et surtout le pauvre Conrad Colman. Ce que j’ai perdu en panache sportif, je l’ai retrouvé en arrivant à bon port. Et cela est archi positif.»

Arnaud BoissièresLe 60 pieds IMOCA d’Arnaud Boissières vient d’achever son premier Vendée Globe. Prouvant sa solidité. Une vraie complicité est née, certes un peu tardivement entre l’homme et sa machine.Photo @ Olivier Blanchet/DDPI/Vendée Globe
L’avenir, Arnaud Boissières le voit toujours en mer. Et bien évidemment sur un futur Vendée Globe. Il l’annonce tout de go alors que le directeur de La Mie Câline est à ses côtés : « L’avenir passe par les foilers. Est-ce que cela me tente ? Oui, c’est indéniable. Après il faut voir si c’est réalisable. Car il ne faut pas avoir le bateau trop tard pour pouvoir apprendre. Mais je serai là dans quatre ans !»

BoissièresLes inconditionnels d’Arnaud Boissières ont fait un triomphe à leur marin de cœur. Il est vrai qu’en déclarant sur le podium qu’il était plus Chaumois qu’Aquitain, il a conquis les vivas.Photo @ Olivier Blanchet/DDPI/Vendée Globe
Son nouvel ami, Fabrice Amédéo (Newrest-Matmut), avec qui il a bataillé tout le long de la remontée de l’Atlantique est annoncé samedi dans la matinée. Ils auront tout loisir de faire et refaire leur joli Vendée Globe.

Classement général Vendée Globe 2016-2017

1.       Armel Le Cléac’h (Banque Populaire VIII), arrivé le 19 janvier à  16 h 37'46''.
Temps de course : 74 j 03 h 35'46''. Moy. : 13,77 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 15,4 nœuds sur le fond (27 455,6 milles parcourus).
2.       Alex Thomson (GBR, Hugo Boss), arrivé le 20 janvier à 8 h 37'15''. Temps de course : 74 j 19 h 35'15''. 
Retard sur le premier : 15 h 59'29''. Moy. : 13,64 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 15,4 nœuds sur le fond (27 636,1 milles parcourus).
3.      Jérémie Beyou (Maître CoQ) arrivé le 23 janvier à 19 h 40'40''. Temps de course : 78 j 06 h 38'40''.
Retard sur le premier : 4 j 03 h 02'54''. Moy. : 13,04 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 14,4 nœuds sur le fond (27 101,8 milles parcourus).
4.     Jean-Pierre Dick (StMichel-Virbac), arrivé le 25 janvier à 14 h 47'45''. Temps de course : 80 j 01 h 45'45''. 
Retard sur le premier : 5 j 22 h 09'59''. Moy. : 12,75 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 14,5 nœuds sur le fond (27 857,1 milles parcourus).
5.       Yann Eliès (Quéguiner-Leucémie Espoir), arrivé le 25 janvier à 16 h 13'09''. Temps de course : 80 j 03 h 11'09''. 
Retard sur le premier : 5 j 23 h 35'23''. Moy. : 12,74 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 14,1 nœuds sur le fond (27 138,6 milles parcourus).
6.       Jean Le Cam (Finistère-Mer Vent), arrivé le 25 janvier à 17 h 43'54''. Temps de course : 80 j 06 h 41'54''. 
Retard sur le premier : 6 j 03 h 06'08''. Moy. : 12,73 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 14,1 nœuds sur le fond (27 115,7 milles parcourus).
7.       Louis Burton (Bureau Vallée), arrivé le 2 février à 8 h 47'49''. Temps de course : 87 j 21 h 45'49''. 
Retard sur le premier : 13 j 18 h 10'03''. Moy. : 11,60 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 13 nœuds sur le fond (27 477,3 milles parcourus).
8.       Nándor Fa (HON, Spirit of Hungary),  arrivé le 8 février à 11 h 54'09''. Temps de course : 93 j 22 h 52'09''.
Retard sur le premier : 19 j 19 h 16'23''. Moy. : 10,9 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 12,4 nœuds sur le fond (27 851 milles parcourus).
9.       Eric Bellion (CommeUnSeulHomme), arrivé le 13 février à 17h 58'20''. Temps de course : 99 j 04 h 56'20''.
Retard sur le premier : 25 j 01 h 20'34''. Moy. : 10,3 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 11,8 nœuds sur le fond (28 048 milles parcourus).
10.       Arnaud Boissières (La Mie Câline), arrivé le 17 février à 09h 26'09’'. Temps de course : 102 j 20 h 24'09''.
Retard sur le premier : 28 j 16 h 48'23''. Moy. : 9,9 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 11,4 nœuds sur le fond (28 156 milles parcourus).