Le jeudi 19 janvier 2017, Armel Le Cléac'h remportait la 8e édition du Vendée Globe sur son monocoque Banque Populaire VIII après un tour du monde sans escale et sans assistance. Le Finistérien améliorait ainsi le précédent record de près de 4 jours (3 jours, 22 heures et 40 minutes) établi par François Gabart lors de sa victoire lors de l'édition 2012-2013. Mais au-delà de la compétition et des records, le Vendée Globe c’est une histoire de technique et d’humanité, de mer et de sel, de limites et de dépassement. Et nous, on aime… Alors la rédaction de voilesetvoiliers.com vous en fait suivre les péripéties de près.

Actualité à la Hune

ENTRETIEN

Bertrand de Broc : «Le Rhum 2018 en multicoque !»

On l’avait laissé deux semaines après le départ du Vendée Globe au mouillage dans l’archipel brésilien de Fernando de Noronha, bateau touché, abandon validé. Le quatrième tour du monde en solo du skipper de MACSF avait tourné court, trop court. Depuis, la flotte IMOCA se reconstruit différemment et sans lui. A 56 ans, Bertrand de Broc tourne la page, veut retrouver le plaisir de naviguer – vite évidemment – mais bien et surtout, peut-être, en accord avec lui-même.
  • Publié le : 22/05/2017 - 15:32

Bertrand de Broc (Votre Nom autour du Monde)A 56 ans, après quatre Vendée Globe, Bertrand de Broc tourne le dos à l'IMOCA.Photo @ Thierry Martinez/Sea & Co

Voilesetvoiliers.com : Alan Roura a annoncé avoir acheté votre 60 pieds IMOCA en vue du Vendée Globe 2020… Qu’en est-il ?
Bertrand de Broc : Effectivement, un compromis a été signé et le solde reste à venir. Ce bateau m’appartenait et, à son bord, j’ai pris le départ de deux Vendée Globe, deux Transat Jacques Vabre, une Route du Rhum, etc. Je l’ai eu cinq ans. C’est un très bon bateau que nous avions bien fait évoluer, en particulier après la Transat Jacques Vabre disputée avec Marc Guillemot en 2015 puis avant le Vendée Globe 2016. Après l’abandon du Vendée Globe (à la suite à une collision avec un OFNI, ndlr) nous l’avions ramené à Lorient puis totalement réparé car le programme avec mon partenaire devait continuer. Cela s’est arrêté. Je ne pouvais du coup pas le garder et il me fallait le revendre.


Voilesetvoiliers.com : Que s’est-il passé avec MACSF pour que cela s’arrête ?
B. de B. :
Du fond du cœur, c’est un mauvais rêve de deux ans qu’il était temps d’arrêter ; un mauvais souvenir. Je sortais du projet «Votre nom autour du monde» (sous les couleurs duquel il participa au Vendée Globe 2012, ndlr) intéressant à beaucoup de niveaux en particulier avec tous les gens qui se donnaient pour cette belle aventure humaine. Avec le programme suivant, j’ai eu l’impression de repartir vingt ans en arrière et ce ne fut pas une belle histoire. Humainement, nous avions mis la barre trop haut en 2012. Ce n’est pas vis-à-vis de mon partenaire ; cela aurait été pareil avec la société Machin. On avait peut-être moins d’argent avec «Votre nom autour du monde» mais on s’amusait plus sur cet engagement. On avait envie de rester sur cet esprit-là mais avec un partenaire ce n’est pas le cas en termes de fonctionnement. L’ambiance n’était pas au mieux.

De Broc Fernando de NoronhaBertrand de Broc au mouillage dans l'archipel brésilien de Fernando de Noronha d'où il signifia son abandon du 8e Vendée Globe le 19 novembre 2016.Photo @ Bertrand de Broc/MACSF
Voilesetvoiliers.com : Vous repartez sur un nouveau projet !
B. de B. :
Oui : disputer la Route du Rhum 2018 en multicoque de 50 pieds. J’annoncerai le partenariat en septembre.

Voilesetvoiliers.com : Mais quelle sera l’ambition de ce projet ?
B. de B. :
J’avais dit que je ne disputerai plus de courses en solitaire en multicoques (à la suite de la terrible Route du Rhum 2002 où, skipper du trimaran ORMA Banque Covefi, il avait abandonné, ndlr)… Bon, voilà je recommence mais à bord d’un bateau différent. Ce sera un cata de 50 pieds construit par Marsaudon Composites et que nous allons booster en l’allégeant avec, par exemple, plus de carbone dans la construction. Une sorte de version GTI d’un bateau de croisière déjà rapide à la base. Il fera 8 tonnes au lieu de 8,7 et l’ambition sera de terminer dans les vingt premiers.

A l’attaque !En 2012, Bertrand de Broc participait au Vendée Globe en ayant relancé son opération Votre nom autour du monde initiée en 1996, première vraie opération de financement participatif dans la voile. Racheté par Alan Roura, ce plan Finot Conq devrait prendre part à son 4e Vendée Globe de suite en 2020.Photo @ Vincent Curutchet DPPI
Voilesevoiliers.com : Pour un coureur tel que vous, on arrive à se satisfaire de viser une place dans les vingt premiers de la Route du Rhum ?
B. de B. :
Je n’ai jamais dit que je ne prenais pas un départ de régate parce que je ne pouvais pas la gagner ! Je n’ai jamais eu de bateau neuf sur le Vendée Globe ; je ne risquais pas de gagner !
Cette fois c’est un beau et différent challenge, car même si ce ne sera pas un IMOCA, ce cata sera un bateau intéressant qui ira vite pour sa taille – on peut marcher à 30 nœuds par moments – et ce ne sont pas des voiliers faciles en solitaire. Il faut être dessus. Je devrais courir en catégorie Rhum où je pourrais me battre pour la victoire tout en prétendant à un classement intéressant.
Pour gagner la Route du Rhum, il faut un multi de 100 pieds et 20 millions d’euros sur quatre ans ! Aujourd’hui, je n’ai plus envie de cela mais de naviguer, de faire des courses sympas en Manche, aux Antilles, en Méditerranée ; d’emmener des gens pour courir. C’est un autre support, un autre projet. Dans ces catégories comme le Multi 200, ce sont aussi des bateaux de série améliorés qui peuvent naviguer en course avec des vitesses intéressantes et se rapprochent des bateaux du grand public. Il y a des gens qui ont envie de faire du multicoque et qui trouvent que ce genre de cata est à taille humaine. Ce que va faire Christian Guyader (patron de la société Guyader et qui compte disputer la Route du Rhum 2018 sur son propre TS42, ndlr) ; on va courir l’un contre l’autre. Un de mes anciens sponsors : ce sera rigolo. Je veux revenir sur des projets humains et abordables. Moins ambitieux qu’un Vendée Globe mais dans le cadre d'une autre démarche.

TS52 PamperoC'est à bord de son catamaran, Pampero un TS52.8, que Bertrand de Broc va naviguer en vue de la Route du Rhum 2018 à laquelle il participera sur une nouvelle génération de TS50.Photo @ bdbsailing

Voilesevoiliers.com : Et quel est votre programme avant novembre 2018 ?
B. de B. :
J’ai gardé mon propre bateau (un TS52.8 de croisière nommé Pampero, ndlr) pour m'entraîner : je vais traverser l’Atlantique à l’automne (départ le 19 octobre des Canaries) avant de faire les courses des Antilles telles que le Tour de Martinique, la Caribbean 600, la Heineken Regatta, les Voiles de Saint-Barth... Naviguer quoi ! Je vais embarquer des gens qui ont envie de naviguer en régate et puis monter des événements pour des sociétés partenaires. Je fais dans le collaboratif avec des équipiers avides de traverser, d’apprendre et participent au frais. Ensuite, je ramène le bateau en Europe pendant que l’autre aura été mis en chantier. Je sors des sentiers professionnels de l’IMOCA pour naviguer et faire naviguer des gens qui en ont vraiment envie. Et moi d’en profiter plus !