Le jeudi 19 janvier 2017, Armel Le Cléac'h remportait la 8e édition du Vendée Globe sur son monocoque Banque Populaire VIII après un tour du monde sans escale et sans assistance. Le Finistérien améliorait ainsi le précédent record de près de 4 jours (3 jours, 22 heures et 40 minutes) établi par François Gabart lors de sa victoire lors de l'édition 2012-2013. Mais au-delà de la compétition et des records, le Vendée Globe c’est une histoire de technique et d’humanité, de mer et de sel, de limites et de dépassement. Et nous, on aime… Alors la rédaction de voilesetvoiliers.com vous en fait suivre les péripéties de près.

Actualité à la Hune

New York-Vendée

Le mur de l’Atlantique

Le trio leader bute sur la bulle du golfe de Gascogne pendant que les retardataires déboulent sur les Açores avec la deuxième dépression de cette transat en solitaire. Mais la compression en tête de flotte, où Jérémie Beyou mène toujours les débats, ne devrait pas être suffisante pour redistribuer les cartes et modifier le podium. Mais dans quel ordre sera-t-il ? A 400 milles seulement des Sables-d’Olonne, rien n’est acquis pour le leader au pied du mur : ses deux poursuivants tentent de le déborder l’un par le Sud, l’autre par le Nord.
  • Publié le : 06/06/2016 - 08:29

Maître CoQLe grand rush de la semaine est terminé ! Jérémie Beyou est désormais sérieusement en ballottage avec les attaques de Seb Josse et d'Alex Thomson à deux jours de l'arrivée...Photo @ Jean-Marie Liot/DPPI

Ça y est : le Britannique (Hugo Boss) qu’on pensait hors jeu après sa faute de carre lors de la grande descente açorienne est revenu dans le match et slalome désormais entre les grumeaux qui marquent l’entrée dans le golfe de Gascogne. Quant à Sébastien Josse (Edmond de Rothschild), il semble avoir trouvé la bonne porte dans ce faux plat qui a sérieusement ralenti le groupe de tête. Jérémie Beyou (Maître CoQ) est le premier à avoir buté sur ce mur qui n’est pas prêt de s’écrouler : il va falloir le franchir pas à pas avant de glisser tout doucement de l’autre côté dans une soupe inconsistante jusqu’à l’arrivée…

Premier arrêt buffet !

Situation lundi 00hTUUne dépression chasse l’autre : la perturbation açorienne qui a propulsé les leaders s’étiole sur place pour laisser la voie libre à une nouvelle dépression qui pousse les retardataires, mais il n’y a pas de vent dans le golfe de Gascogne…Photo @ MetOfficeMais les trois leaders auront beau farter leurs foils, ils vont rester collés à la piste pendant deux jours ! Car ce premier arrêt buffet est lié à la dépression açorienne qui les a poussés pendant une semaine, leur permettant d’aligner 2 500 milles sur la route directe… Mais les 400 derniers de ce lundi matin s’annoncent comme un véritable calvaire pour ces machines dédiées à la vitesse. Pire qu’un Pot au Noir qu’ils auront à franchir dans six mois ! Car la situation météorologique va empirer dans les heures qui viennent : ce coup de frein n’est qu’un avertissement. Le golfe de Gascogne ne va être qu’une succession de brises volages partant dans toutes les directions et ne trouvant qu’une maigre organisation qu’à l’approche des côtes. Or il faut pouvoir y arriver !

Théoriquement, le trio de tête devrait redémarrer dans la matinée pour s’arrêter de nouveau en fin de journée ce lundi : une faible pression de Sud-Est va tourner à l’Est puis partir en vrille dans l’après-midi. Sur la ligne La Corogne-Brest, une belle bulle est en formation puis elle va se scinder en deux cellules, l’une vers la Gironde, l’autre vers Audierne ! Trouver un passage dans ce marais mouvant n’est pas une sinécure… Et c’est probablement pour cette raison que les trois compères tentent des options divergentes : Jérémie Beyou et Sébastien Josse quasiment à vue espèrent glisser vers les côtes espagnoles pour au minimum profiter des brises thermiques qui intéressent les falaises ibériques. Leur connaissance du terrain de jeu grâce à leurs multiples participations à La Solitaire du Figaro n’est probablement pas étrangère à cette incurvation de la trajectoire.

Hugo Boss Thomson 1Remise en route efficace pour Hugo Boss après son vrac aux Açores, Alex Thomson semble avoir retrouvé tout son potentiel et redevient percutant par le Nord !Photo @ Mark Lloyd/Hugo Boss

Mais il ne leur sera plus possible de contrôler Alex Thomson qui se pose moins de questions : la route directe est tout simplement plus courte, et quitte à être troisième à ce stade de la course, pourquoi ne pas tenter un coup puisque de toute façon, les fichiers météo sont perdus dans ce «no man sea». Or avec une vingtaine de milles d’écart quand il en reste 400 incertains, l’issue est très ouverte et peut se jouer sur un coup de dé. Avec trois nœuds de vent portant et de la houle, ces moulins à vent ne tournent pas alors qu’avec cinq nœuds de brise contraire, la monture s’ébroue déjà et trouve ses bons appuis pour tracer son sillon à une petite dizaine de nœuds…

Derrière le podium

Météo mardi 00hTUAu large du cap Finisterre, une barrière sans vent s’est invitée sur la route des leaders. Pas évident de trouver une trouée dans ce mur de l’Atlantique qui va perdurer quasiment toute la semaine !Photo @ ZyGribA 300 milles derrière, Paul Meilhat (SMA) semble assuré de la quatrième place et va fondre toute la journée sur le triumvirat : dans un joli flux de Sud-Sud Est d’une vingtaine de nœuds, le jeune solitaire peut espérer grappiller une bonne centaine de milles jusqu’en fin d’après-midi. Mais le marin ne se fait pas d’illusion : avant même le coucher du soleil le flux va se dissiper et le mur de l’Atlantique se reconstruire. C’est donc dans le rétroviseur qu’il faudra regarder car même si le tandem Tanguy de Lamotte (Initiatives Cœur) et Kojiro Shiraishi (Spirit of Yukoh) est relégué à près de 200 milles de son tableau arrière, eux peuvent encore filer grand train pendant toute la journée avant de buter.

Et ce duo doit aussi se méfier du couple suivant : Vincent Riou (PRB) est reparti des Açores et le petit temps lui va bien ! Or pour l’instant, c’est par le Sud que le skipper tente une nouvelle voie pour l’ascension de la barrière espagnole. Car d’ici son atterrissage sur les côtes ibères, un faible flux de secteur Est devrait se mettre en place le long des rives hispaniques. Anticiper, c’est aussi attaquer tout en protégeant ses arrières : Fabrice Amedeo (Newrest-Matmut) est dans son collimateur à moins de cent milles et joue aussi la passe du Sud. Ce groupe des quatre n’est pas prêt de stopper la bataille navale pour la cinquième place (voire mieux) et il faut s’attendre à ce que, dans l’entonnoir du golfe de Gascogne, les écarts de 150 milles en latitude se compressent pour un finish à vue en tirant des bords à raser les falaises galiciennes…

Riou PRBAprès son pit-stop à Horta, Vincent Riou revient dans le match en croisant devant Fabrice Amedeo : il peut encore viser la cinquième place...Photo @ Mark Lloyd (The Transat Bakerly)
Une autre problématique

On est bien loin de ces questionnements pour le groupe de queue qui n’a même pas encore franchi la mi-parcours ! Toujours dans un flux d’Ouest-Sud Ouest d’une bonne vingtaine de nœuds, un trio s’est fait la belle dans le club des cinq : le Hollandais Pieter Heerema (No Way Back) et le Néo-Zélandais Conrad Colman (100 % Natural Energy) ont franchement décroché, et en perdant la queue de la nouvelle dépression, ils sont mal partis pour revenir ! Il va falloir qu’ils accrochent à la prochaine qui ne viendra que mercredi prochain… Et là encore, il ne va pas falloir se positionner trop au Nord, au risque de prendre de face les vents puissants qui s’installeront en milieu de semaine !

Alors pour ces trois IMOCA, l’empannage annoncé par Yann Eliès (Quéguiner-Leucémie Espoir) n’est pas encore pour ce lundi : le vent de Sud-Ouest qui caractérise cette deuxième perturbation en route vers les Açores n’est pas prêt de s’essouffler. Comme désormais c’est devenue une habitude pour traverser l’Atlantique dans un sens ou dans l’autre (voir The Transat bakerly), il faut passer par l’Espagne ! Et cette fois, c’est par le Sud de l’archipel açorien que la trajectoire devient obligatoire… C’est donc une grande courbe qui s’annonce en tribord amure (sur le mauvais côté des handicapés par l’absence d’appendice) qu’il va falloir aborder au final, le même mur en approchant du cap Finisterre. La fable de La Fontaine est décidément le leitmotiv de cette transat retour : rien ne sert de courir, il faut partir à point… Car tout se termine par un train de sénateur !

 

Cap sur Les Sables… mais sans media man !Ça déboule par derrière ! Morgan Lagravière a retrouvé les vitesses supersonniques qui caractérisent la nouvelle génération d'IMOCA. Après l'empannage de ce midi, route pêche sur un seul bord vers le cap Finisterre !Photo @ JM Liot/DPPI/Safran

Classement à  7 heures 30 (heure française)


1. Jérémie Beyou (FRA), Maître CoQ, à 412 milles de l'arrivée.
2. Sébastien Josse (FRA), Edmond de Rotshschild, à 3 milles du leader.
3. Alex Thomson (GBR), Hugo Boss,  à 23,2 milles.
4. Paul Meilhat (FRA), SMA, à 326,8 milles.
5. Tanguy de Lamotte (FRA), Initiatives Coeur, à 501,1 milles.

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