Le jeudi 19 janvier 2017, Armel Le Cléac'h remportait la 8e édition du Vendée Globe sur son monocoque Banque Populaire VIII après un tour du monde sans escale et sans assistance. Le Finistérien améliorait ainsi le précédent record de près de 4 jours (3 jours, 22 heures et 40 minutes) établi par François Gabart lors de sa victoire lors de l'édition 2012-2013. Mais au-delà de la compétition et des records, le Vendée Globe c’est une histoire de technique et d’humanité, de mer et de sel, de limites et de dépassement. Et nous, on aime… Alors la rédaction de voilesetvoiliers.com vous en fait suivre les péripéties de près.

Actualité à la Hune

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Riou bien qui rira le dernier

Dans l’hémisphère Sud, au large de la corne du Brésil, l’ombre noire et dominatrice d’Hugo Boss plane toujours sur la flotte. Mais dans le cinq majeur au passage de l’Equateur, un autre concurrent rayonne. Un 60 pieds orange, fignolé depuis six ans par son skipper, lauréat du Vendée Globe 2004/2005. Riou forme avec son bateau le couple le plus solide de cette édition. Face aux foilers, il tient la cadence et a toutes ses chances…
  • Publié le : 16/11/2016 - 07:02

Vincent RiouDepuis le début de ce Vendée Globe, Vincent Riou, à la barre de son PRB, bouscule les foilers et mène une course d"une grande intelligence.Photo @ Eloi Stichelbaut/PRB

Alex Thomson était donc le premier, hier soir, à franchir le degré 0 de latitude et à entrer  dans l’hémisphère Sud, dans ce monde à l’envers où Coriolis  nous donne le tournis, et fait tourner les dépressions dans le sens des aiguilles d’une montre. Les conditions météo extrêmement favorables dès les premiers milles de cette 8e édition ont permis au marin britannique de faire royalement tomber le temps de référence détenu depuis 12 ans par Jean Le Cam (*). Hugo Boss n’aura mis que 9 jours 7 heures et 3 minutes entre les Sables-d’Olonne et l’Equateur, emmenant dans ses safrans jaunes fluo le train de ses rivaux.
Les écarts sont très serrés à l’Equateur. Moins de 3 heures après le passage du boss, Armel Le Cléac’h offrait un peu de champagne à Neptune,  suivi 28 minutes plus tard par Vincent Riou. Les 5 premiers – jusqu’à SMA - ont coupé la ligne imaginaire en l’espace de 5 heures et 47 minutes ! Et voici toute la troupe, en train de fondre vers la corne du Brésil à 16/18 nœuds de moyenne, dans les alizés d’Est-Sud-Est.

Hugo BossHugo Boss en tête depuis l’après-midi du 12 novembre, depuis sa sortie de l’archipel du Cap Vert.Photo @ Cleo Barnham/Hugo Boss/Vendée Globe

Depuis son passage dans l’archipel du Cap Vert, Thomson fait une démonstration de force. Mais sous les chaleurs équatoriales – il fait 35 degrés à l’intérieur des bateaux-,  l’énorme toffee (caramel anglais) qu’il semblait promettre à tout le monde, a un peu fondu dans son emballage.  Ses 90 milles de marge, en distance au but, relevés le 14 novembre à 18 heures, lors de l’entrée dans la zone de convergence intertropicale (Pot au Noir), sont maintenant réduits à 60. Pour mémoire, c’est à une poignée de milles près l’avance que détenait Banque Populaire sur Macif en 2012 à ce stade de la course… on connaît la suite.

Orange is the new black ?

Si la vélocité d’Hugo Boss et de ses congénères à foil est indéniable au largue, sur mer plate, dès une quinzaine de nœuds de vent, et que les solides brises d’Est qui vont sévir au large du Brésil vont encore leur permettre d’exprimer tout leur potentiel, il est urgent de ne pas s’emballer.  Tout est possible entre les leaders qui ont tout juste dépassé 10% du temps de course. Ce qui est remarquable, c’est que deux d’entre eux sont des bateaux de génération précédente, équipés de dérives droites.  Plus légers, plus performants dans les petits airs, plus polyvalent en termes d’allure et parfaitement éprouvés, ces deux bateaux ont une carte à jouer sur un parcours aussi long qu’est le tour du monde. Dans cette minorité, Paul Meilhat (SMA, 5e à 95 milles), pour son premier Vendée Globe, réalise un début de parcours exceptionnel. Mais les bookmakers ont tendance à lorgner du côté du seul ancien vainqueur de l’épreuve en lice cette année : Vincent Riou.

SMA largeSMA, l’autre non foiler mené par le bizuth Paul Meilhat qui fait un début de course exceptionnel dans le top 5.Photo @ Vincent Curutchet/DPPI/Vendée Globe

Avant son 4e Vendée Globe, Vincent  a œuvré au succès de Desjoyeaux en 2000, connu le goût euphorisant de la victoire (2005), la saveur douce-amère d’une 3e place ex-aequo octroyée après le sauvetage de Jean Le Cam (2009), puis l’âpreté de l’abandon (2012). 
De toutes ces vies en course, il a retiré le nectar : un jus fait d’expérience et de maturité. Sa force : le couple fusionnel qu’il forme avec son bateau. « Vincent est un virtuose du 60 pieds, confie Jean-Marc Failler, son complice depuis 13 ans et chef de projet de PRB. Quand tu navigues avec lui, il faut voir avec quelle dextérité il manœuvre. Son acuité et sa maîtrise dans les choix de voile. Il y a peu de temps, Yann Eliès a dit de lui qu’il maîtrisait son 60 pieds comme lui son Figaro… ».

Une course d’endurance taillée sur mesure

Riou fait aussi partie de cette génération intermédiaire où les skippers étaient des constructeurs. « Ce qui le fait triper, poursuit Jean-Marc, c’est naviguer sur une machine qu’il a pensée, préparée. Son bateau, il en a suivi la conception, la construction, a été à l’origine de toutes ses évolutions, il le connaît parfaitement. De sa version 2010, à part la coque, tout le reste a changé, tout a été optimisé pour la performance, dans les moindres détails. Et il est aujourd’hui exactement comme Vincent l’a voulu ».

autoportrait RiouVincent Riou, autoportrait sous les tropiques. A 44 ans, il est le seul ancien vainqueur du Vendée Globe en lice cette année.Photo @ Vincent Riou/PRB

Après un départ canon le 6 novembre, PRB n’a jamais quitté le top 6. Pointé en deuxième position pendant deux jours, entre les Canaries et l’archipel du Cap Vert, il tient merveilleusement la cadence face aux foilers. Depuis 36 heures, sa trace se confond avec celle de Banque Populaire VIII, qu’il a filmé hier lorsqu’ils étaient bord à bord. Les prochaines journées dans les alizés de l’Atlantique Sud seront peut-être dures à tenir face à Alex Thomson, Armel Le Cléac’h et Sébastien Josse. Mais le Vendée Globe est une épreuve d’endurance… un exercice taillé sur mesure pour le quadra affuté qu’est Vincent Riou.

Temps de passage à l’équateur

 Bateau/skipper/temps/écart au précédent/écart au leader

1. Hugo Boss, Alex Thomson le 15/11/2016 à 19h04 UTC en 9j 07h 02min *                                         
2. Banque Populaire VIII, Armel Le Cléac'h le 15/11/2016 à 21h58 UTC en 9j 09h 56min à 02h 54min du leader
3. PRB, Vincent Riou le 15/11/2016 à 22h26 UTC en 9j 10h 24min à 28min de Banque Populaire VIII et 03h 22min du leader
4. Edmond de Rothschild, Sébastien Josse le 16/11/2016 à 00h03 UTC en 9j 12h 01min à 01h 37min de PRB et 04h 59min du leader
5. SMA Paul Meilhat le 16/11/2016 à 00h51 UTC en 9j 12h 49min à 48min d’Edmond de Rothschild et 05h 47min du leader

(Source direction de course Vendée Globe)

*Alex Thomson bat de 1 jour et 4 heures le temps de référence réalisé en 2004 par Jean Le Cam.

PRB au Cap VertPRB, au large du du cap Vert, alors en 2e position.Photo @ Marine Nationale

Classement mercredi 16 novembre à 5 heures

1.       Alex Thomson (Hugo Boss), à 21 271 milles du but
2.       
Armel Le Cléac’h (Banque Populaire VIII), à 59,9 milles du premier       
3.       Vincent Riou (PRB), à 68,8 milles
4.       Sébastien Josse (Edmond de Rothschild), à 88,6 milles
5.       Paul Meilhat (SMA), à 95,6 milles

Classements et positions live ici : cartographie du Vendée Globe.