Le jeudi 19 janvier 2017, Armel Le Cléac'h remportait la 8e édition du Vendée Globe sur son monocoque Banque Populaire VIII après un tour du monde sans escale et sans assistance. Le Finistérien améliorait ainsi le précédent record de près de 4 jours (3 jours, 22 heures et 40 minutes) établi par François Gabart lors de sa victoire lors de l'édition 2012-2013. Mais au-delà de la compétition et des records, le Vendée Globe c’est une histoire de technique et d’humanité, de mer et de sel, de limites et de dépassement. Et nous, on aime… Alors la rédaction de voilesetvoiliers.com vous en fait suivre les péripéties de près.

Actualité à la Hune

Vendée Globe

Thomas Coville : « Armel, il va chercher l’or aux Jeux ! »

Alors que ce dimanche matin, 109 milles séparent Le Cléac'h de Thomson (15 de moins en 24 heures), le nouveau recordman autour du monde en solitaire nous a confié son ressenti sur le Vendée Globe. Ce n’est que début janvier, une semaine après son arrivée, que Thomas Coville s’est plongé dans la course. En mer, ne supportant plus la litanie des abandons, son équipe arrêta de lui donner des informations. Ensuite il lui a fallu passer par un sas de décompression suite à son exploit. Mais depuis, il ne cesse de regarder et analyser le déroulement de l’épreuve. Et il devrait être aux Sables-d’Olonne jeudi pour l’arrivée des premiers. Il a bien voulu nous livrer son ressenti sur la course de ses alter ego marins.
  • Publié le : 15/01/2017 - 07:46

Thomas CovilleLe récent détenteur du record du tour du monde en solitaire se passionne pour le Vendée Globe qu'il dissèque avec minutie depuis début janvier.Photo @ Didier Ravon

Voilesetvoiliers.com : Avez-vous suivi le Vendée Globe lorsque vous étiez en mer ?
Thomas Coville :
J’ai commencé au début. Mais à l’abandon de Vincent Riou, je suis littéralement en larmes. Quand Jojo (Sébastien Josse, ndlr) abandonne je suis au plus mal. J’ai appelé mon équipe et je leur ai demandé d’arrêter avec le Vendée car cela devenait trop anxiogène. À chaque abandon, j’avais l’impression que c’était moi qui arrêtais mon tour du monde. Cela devenait confusant. Je me suis identifié à Jojo… J’en ai parlé longtemps après…
Un autre m’a beaucoup  touché:  Kito. Je le connais mal mais quand il perd son bateau après ses deux premiers échecs au Vendée Globe alors que toi-même tu as déjà échoué quatre fois dans tes tentatives… Il y en a pour qui c’est ainsi et d’autres pour qui cela sourit ! Du coup je n’ai plus reçu aucune nouvelle. De rien. Seule ma fille qui est aux États-Unis m'a informé et m’a donné des nouvelles de Trump… Pas celle que j’attendais le plus (rires). En fait, j’ai recommencé à m’y intéresser à mon retour. Lors de la première semaine de janvier j’ai fait tourner des routages pour calculer l’arrivée d’Armel. Car les gens me saoulaient en me disant, il va revenir (Thomson). Il n’y a pas de match !

Voilesetvoiliers.com : Comment jugez-vous la course des deux leaders ?
T.C. :
Quand j’ai réalisé en 2016 qu’Armel gagna à New York sa première course en IMOCA depuis 10 ans avec la Transat anglaise, cela m’a étonné ; je ne pensais pas que c’était sa première victoire dans la classe. Et sachant en plus qu’il a terminé deux fois deuxième des deux précédents Vendée Globe, je me suis dit immédiatement qu’il était dans sa construction mentale pour gagner celui-là. Armel, c’est le mec qui va chercher l’or aux Jeux. Il a la gueule de Djokovic et se bat pour le titre ultime. Il fait un match magistral. Pour moi, pas un mec ne réussit ce Vendée Globe avec une telle maestria. Il joue, il dose, il contrôle. C’est Djokovic !

Armel Le Cléac"hA bord de son Banque Populaire VIII, "Le Chacal" réalise le match parfait selon Thomas Coville.Photo @ Vincent Curutchet/DPPI/Vendee Globe

Voilesetvoiliers.com : Et Thomson par comparaison ?
T.C. :
Armel, il est face à Wavrinka, un peu balourd, mais qui gagnera aussi. Je pense qu’il a tout de suite compris que ce ne serait pas son année. Mais il gagnera un jour. Là où je trouve Thomson génial – au-delà de faire du kite à 100 m de haut – c’est d’avoir osé un bateau différent. Il laisse les mecs de Port-La-F’ se regarder, se marquer autant dans la manière de concevoir des bateaux que de naviguer, de gérer la course… Il laisse faire et il lance un bateau tout basé sur les foils, plus étroit, plus léger, plus abouti. Un bateau qui leur aura à tous foutu la trouille dans ce Vendée et avec lequel, s’il n’avait pas cassé son foil tribord, il aurait gagné. Alex a une vraie autonomie et une construction mentale qui lui permet d’assumer sa singularité, son agressivité, son authenticité. Il ne fait pas le « Championnat du monde de Port-La-Forêt » ! Et ça me plaît.

Voilesetvoiliers.com : Derrière ces deux hommes qui retenez-vous ?
T.C. 
:
Jérémie (Beyou) effectue une très belle course. Mais il va falloir le lui dire. Je me suis permis d’intervenir sur son site récemment car les gens restaient sur ce mot malheureux : « Le cap Horn m’a déçu. » Il faut le connaître. C’est un « super ultra perfectionniste », compétiteur dans l’âme. Il a du mal à s’extraire quand il est dans le vif du sujet. Jérémie est un bel écorché vif. Il a besoin de se torturer un peu pour que cela marche. C’est son moteur, ce qui le fait gagner. Dans le genre pugnace, il est incroyable. Il est génial !
Yann (Eliès) réalise la course qu’il avait annoncé faire. Avec ce bateau-là, il avait expliqué qu’il aurait du mal à faire mieux que 5 et il peut terminer 4 ou 5. Il est super honnête, mentalement comme techniquement. Je pense qu’il sera content de son résultat en tout cas qu’il ne sera pas déçu.
Jean (Le Cam) joue sur l’idée qu’avec deux ou trois mois de préparation en plus il aurait fait un truc extraordinaire. Mais finalement j’en suis pas sûr (rires). Il a besoin d’être dans le rush. Jean est une pépite, un malin, un rusé. Il fait un Vendée Globe comme lui : malin et rusé, une super course. On a besoin de personnalités comme Jean, pour animer et démystifier.

Thomas RuyantVainqueur de la Mini-Transat puis de la Route du Rhum en Class 40, Thomas Ruyant est passé à la vitesse supérieure avec le tour du monde en solitaire sans escale. Malgré son abandon, il est, selon Coville, la révélation de ce 8e Vendée Globe.Photo @ Pierre Bourras

Voilesetvoiliers.com : Certains autres vous ont-ils impressionnés ?
T.C. :
J’ai beaucoup aimé le sang-froid de Thomas Ruyant après son avarie et sa course jusque-là. C’est un garçon d’avenir. Je suis un inconditionnel de Vincent Riou et j’ai été très affecté de son abandon. Dans l’histoire de Jojo, gagner le Vendée Globe serait ce qu'il lui conviendrait le mieux. Et j’ai été très impressionné par l’œuvre d’art construite par l’équipe Gitana avec le monocoque Edmond de Rothschild. Je n’avais pas vu un bateau à ce niveau de construction et de préparation en France depuis longtemps.

Voilesetvoiliers.com : Vous êtes un inconditionnel de Vincent Riou qui, dans nos colonnes s‘est exprimé  pour l’instauration de temps de passage et du coup de mettre hors course les concurents ne les respectant pas (interview à lire ici). Qu’en pensez-vous ?
T.C. :
On a besoin d’amateurs et c’est bien qu’ils soient au départ du Vendée Globe. C’est comme dans un ultra-trail de course à pieds. Mais il faut monter d’un cran la sélection et la qualification. Il ne faut pas que cela soit seulement «achetable» ne serait-ce que pour l’organisation puisse gérer la course convenablement. Cela doit rester une compétition ; pas une participation. De là à mettre hors course des marins selon des minima à respecter à certains points de passage comme les grands caps par exemple ne me choque pas. Mais pour autant il ne faut pas que cela élimine trop de concurrents. Il faut surtout que ces temps soient réalisés par des bateaux capables de les faire et ne pas éliminer au final par l’argent. Ce que réalise Romain Attanasio – qui fait une très belle course - prouve que même, si tu es très bon techniquement, avec un vieux bateau tu ne peux pas y arriver.

SodeboLa prochaine course autour du monde en solitaire et sans escale s'élancera de Brest en 2019. Elle se déroulera à bord des Ultime tel que le Sodebo Ultim' de Thomas Coville. Une épreuve directement concurrente du Vendée Globe.Photo @ Jean-Marie Liot/Sodebo

Voilesetvoiliers.com : Votre prochain grand objectif est la course autour du monde en solitaire et en trimaran Ultime qui partira de Brest en 2019. Vous ne croyez pas qu’elle va ramener le Vendée Globe au deuxième plan ?
T.C. :
Je n’ai jamais comparé monocoque et multicoque. Un homme, l’océan, un bateau… On verra… Si tous les mecs du Vendée veulent venir faire cette course, ils sont les bienvenus ! (sourire)

Voilesetvoiliers.com : Difficile de dire cela : les budgets ne sont pas les mêmes !
T.C. :
Oui, tant qu'on ne parle pas de construire de bateau neuf. Je pense que mon Sodebo Ultim’ a un coût assez similaire à un des quatre bateaux actuellement en tête du Vendée Globe.

 

Classement dimanche 15 janvier à 5 heures

1.       Armel Le Cléac’h (Banque Populaire VIII),  à 1 452 milles de l'arrivée
2.       Alex Thomson (Hugo Boss), à 109 milles du premier
3.       Jérémie Beyou (Maître CoQ) à 582 milles       
4.       Jean-Pierre Dick (StMichel-Virbac), à 1 082 milles
5.       Yann Eliès (Quéguiner-Leucémie Espoir), à 1 388 milles
 

Classements et positions live ici : cartographie du Vendée Globe.