Le jeudi 19 janvier 2017, Armel Le Cléac'h remportait la 8e édition du Vendée Globe sur son monocoque Banque Populaire VIII après un tour du monde sans escale et sans assistance. Le Finistérien améliorait ainsi le précédent record de près de 4 jours (3 jours, 22 heures et 40 minutes) établi par François Gabart lors de sa victoire lors de l'édition 2012-2013. Mais au-delà de la compétition et des records, le Vendée Globe c’est une histoire de technique et d’humanité, de mer et de sel, de limites et de dépassement. Et nous, on aime… Alors la rédaction de voilesetvoiliers.com vous en fait suivre les péripéties de près.

Actualité à la Hune

Vendée Globe 2012-2013 – Interview

Liz Wardley : «On m’a repris un rêve, c’est dégueulasse !»

Lâchée par son sponsor à sept mois du Vendée Globe, Liz Wardley repart à zéro, mais croit encore en ses chances d’en être. Elle pousse un coup de gueule et livre une belle leçon de détermination. Interview.
  • Publié le : 23/04/2012 - 00:01

Une détermination peu communeSon sponsor n’ayant pas tenu ses engagements, Liz Wardley (ici à bord du monotype SolOceans de 52 pieds) voit sa participation au prochain Vendée Globe compromise. Mais elle refuse d’abdiquer.Photo @ Jean-Marie Liot (DPPI)L’histoire était presque trop belle, elle a viré au cauchemar… Le 1er février dernier, Sensation Sailing Team, l’écurie de course de Jean-Baptiste Dejeanty, annonce officiellement la participation de Jean-Bapt’ et de Liz Wardley au Vendée Globe. S’en suit la signature d’un partenariat de trois ans avec un sponsor dont le nom est dévoilé lors d’une conférence de presse, le 9 mars. Il s’agit de VHtec, une marque de vêtements nautiques et techniques pas encore lancée, et de Voile Heritage, deux marques du groupe suisse LPG (Luxury Prestige Group).

La navigatrice originaire de Papouasie/Nouvelle-Guinée, débarquée en Bretagne en 2005 pour faire ses armes dans la navigation en solitaire, voit son rêve prendre forme. Elle qui préparait activement une traversée de l’Atlantique en pirogue, partira finalement autour du monde à bord d’un 60 pieds IMOCA. Mais la belle mécanique s’enraye. Le «sponsor» n’apporte aucun financement et l’acquisition du bateau traîne en longueur. Après une mise en demeure restée lettre morte, Liz Wardley annonce le 16 avril qu’elle résilie le contrat qui la liait à son partenaire.

Terrible désillusion pour la navigatrice de 32 ans – et coup dur pour les organisateurs du Vendée Globe qui déplorent deux désistements, Jean-Baptiste Dejeanty faisant lui aussi les frais de cette affaire. Volontaire, Liz met tout en œuvre pour être au départ des Sables-d’Olonne, le 10 novembre prochain. Il lui reste moins de sept mois pour monter un nouveau projet – ardu, mais l’impossible ne lui fait pas peur.


Liz Wardley, éclectique talentA 32 ans, l’Australienne Liz Wardley a un CV nautique bien rempli : une victoire dans la Sydney-Hobart 1999, une 8e place dans la Volvo Ocean Race 2001-2002 et cinq saisons sur le circuit Figaro – entre autres.Photo @ Barbara Bernard voilesetvoiliers.com : Liz, en février tu annonçais ta participation au Vendée Globe 2012, aujourd’hui tu y renonces. Que s’est-il passé exactement ?
Liz Wardley :
Quand on m’a contacté pour faire le prochain Vendée Globe, j’ai d’abord été très surprise. Un bon budget, une option posée sur un beau bateau, l’intégration dans une équipe performante, Sensation Sailing Team : tout était servi sur un plateau. Une telle opportunité semblait presque trop belle. Mais les choses se sont enchaînées rapidement et j’ai fini par vraiment y croire, par me dire que j’avais simplement eu une chance incroyable. Et pourtant, depuis la signature de mon contrat, l’argent promis par le sponsor pour acheter un bateau et assurer le budget de fonctionnement du projet n’a jamais été versé ! Je n’ai pas perçu le moindre salaire pendant quatre mois. De son côté, le sponsor avait toujours une bonne raison pour expliquer ses retards dans le financement. Comme il s’agissait tout de même du Vendée Globe et que beaucoup de personnes étaient impliquées dans le projet, j’ai attendu que la situation évolue – en vain. Lors de la conférence de presse du 9 mars, je devais être présente pour honorer mon contrat, mais j’émettais déjà des doutes quant à la crédibilité du projet. La suite des événements a confirmé mes impressions… Malgré une mise en demeure de respecter ses engagements, ce partenaire n’a pas bougé. J’ai donc décidé de résilier le contrat et de tout arrêter.

v&v.com : La page est donc définitivement tournée avec ce sponsor ?
L.W. :
Oui. Même si ces gens viennent dans deux semaines avec l’argent, je ne souhaite plus faire de projet avec eux. Je n’ai plus confiance. Je ne veux même plus parler de ce sponsor, il ne le mérite pas.

v&v.com : Dans quel état d’esprit es-tu aujourd’hui ?
L.W. :
J’ai subi des coups durs dans ma carrière, mais celui-là est incontestablement le pire ! Un démâtage, par exemple, est toujours difficile à vivre mais on ne peut s’en prendre qu’à soi-même. Dans cette histoire, en revanche, je ne suis pas responsable de l’échec, car je n’ai rien pu contrôler. C’est la pire des situations et cela va me rester en travers de la gorge très longtemps. Je ressens donc de la colère, mais aussi de la tristesse car le Vendée Globe est un rêve pour les navigateurs en solitaire. Je ne comprends pas comment quelqu’un a pu nous faire ça, à moi et à Jean-Baptiste Dejeanty (engagé auprès du même sponsor et donc lui aussi contraint à renoncer au Vendée Globe, ndlr). Je ne pourrai jamais pardonner. J’étais investie à fond dans mon projet de l’Atlantique en pirogue lorsqu’on est venu me chercher. On m’a offert un rêve et on me le reprend, c’est dégueulasse ! Mais aujourd’hui, je reste extrêmement déterminée car si je ne devais faire qu’une seule chose dans ma vie, ce serait de participer à cette course ! Et je ferai tout pour y parvenir dès cette année.

v&v.com : Monter entièrement un projet semble pourtant quasi-impossible compte-tenu des délais…
L.W. :
Oui, j’en suis consciente. Mais ce ne serait pas non plus la première fois qu’un projet a priori irréalisable aboutirait ! Je repars de zéro puisque je n’ai à ce jour ni sponsor ni bateau, mais j’y crois encore. J’aime les challenges difficiles ! Je me donne jusqu’à fin juin pour tenter de trouver un partenaire permettant de louer un bateau puis de me qualifier dans l’été. Cela fait trois mois que je pense au Vendée Globe jour et nuit, j’ai donc déjà beaucoup pensé à tout ce qui entoure le projet. Ce sera un gain de temps. Et pour ce qui est de la navigation, je ne suis pas montée seule à bord d’un grand monocoque depuis un moment. Mais je ne suis pas inquiète : les automatismes vont vite revenir si je dispose d’un bateau avant l’été et que je navigue beaucoup !

v&v.com : Ton profil est atypique dans le monde de la course au large. C’est un plus pour convaincre d’éventuels sponsors ?
L.W. :
Je ne peux que l’espérer (rires). Je pense aussi que m’être lancée dans deux sports de rame, la pirogue et le Stand Up Paddle, pourrait jouer en ma faveur, car c’est l’occasion de se faire connaître par des gens qui ne sont pas forcément spécialisés dans la course au large.

v&v.com : Autre particularité, tu es l’une des rares femmes candidates au Vendée Globe…
L.W. :
Nous étions deux femmes engagées pour la prochaine édition, Sam Davies et moi. Avec Anne Liardet (qui cherche toujours un financement, ndlr), il y avait potentiellement trois femmes au départ, ce qui aurait été un record. Aujourd’hui, la donne a changé. Plus globalement, beaucoup de femmes sont capables de faire le Vendée Globe mais n’en ont pas l’opportunité, faute de sponsors. C’est dommage !

v&v.com : Si tu ne prends pas le départ cette année, tu viseras une participation en 2016 ?
L.W. :
Je ferai tout mon possible pour participer au Vendée Globe en 2016, y compris si je suis au départ de l’édition à venir. Car je sais qu’en lançant un projet à sept mois du départ, je ne serai pas dans les meilleures conditions pour briller. J’aurai donc certainement envie de mieux faire.

Objectif : l’Atlantique en pirogue !Fin 2009, Liz se lance dans les sports de rame, avec succès : «J’avais besoin de prendre du recul avec le milieu de la course au large». Elle souhaite toujours traverser l’Atlantique en pirogue.Photo @ Barbara Bernard v&v.com : A part le Vendée Globe, as-tu d’autres projets en course au large ?
L.W. :
J’avais besoin de prendre du recul avec ce milieu suite à mon démâtage à bord du monotype SolOceans en décembre 2009 – un épisode douloureux. Je n’avais plus la force de chercher à nouveau un sponsor pour monter un projet de course au large. D’où mon engagement dans des disciplines de rame. J’ai voulu concilier ces pratiques que j’adore avec ma passion du large. De là est née cette idée de traverser l’Atlantique en pirogue. Tout en sachant que je reviendrai un jour à la course au large, car je suis loin de la retraite (rires) !

v&v.com : Envisages-tu de relancer ton projet de traversée de l’Atlantique en pirogue ?
L.W. :
Oui, car ce défi me tient à cœur. Le projet a hélas pris du retard, puisque j’ai tout interrompu pendant quatre mois. Avant que l’on me propose de courir le Vendée Globe, les partenariats se mettaient en place, la construction de la pirogue avait débuté et le départ était prévu pour fin 2012. Aujourd’hui, je n’ai plus de sponsors et la pirogue est toujours dans son moule. Mais là encore, j’y crois, et je continue à m’entraîner physiquement pour être prête le Jour J.

v&v.com : Quoi qu’il en soit, on t’imagine mal derrière un bureau…
L.W.
(rires) :
C’est certain ! C’est sur l’eau que je me sens la plus à l’aise. J’ai besoin d’aventure, de mouvement, de découvrir perpétuellement de nouvelles choses.
 

………
Liz Wardley en quelques lignes

> Tentative de tour du monde en solitaire sur le premier monotype SolOceans en 2009 (abandon sur démâtage)
> Cinq saisons en Figaro (7e de la Transat Ag2r en 2008, 4e du Trophée BPE en 2007, 8e du Championnat de France de Course au large en solitaire en 2007)
> Une participation à la Volvo Ocean Race (8e à bord d’Amer Sports Too)
> Vainqueur de la Sydney-Hobart en 1999
> Vice-championne du monde de Hobie Cat en 1998

Le site de Liz Wardley est ici.

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