Le jeudi 19 janvier 2017, Armel Le Cléac'h remportait la 8e édition du Vendée Globe sur son monocoque Banque Populaire VIII après un tour du monde sans escale et sans assistance. Le Finistérien améliorait ainsi le précédent record de près de 4 jours (3 jours, 22 heures et 40 minutes) établi par François Gabart lors de sa victoire lors de l'édition 2012-2013. Mais au-delà de la compétition et des records, le Vendée Globe c’est une histoire de technique et d’humanité, de mer et de sel, de limites et de dépassement. Et nous, on aime… Alors la rédaction de voilesetvoiliers.com vous en fait suivre les péripéties de près.

Actualité à la Hune

Vendée Globe 2012-2013 – Interview du skipper de PRB

Vincent Riou : «J’aurais du mal à me motiver si je ne jouais pas la gagne !»

Expérience assurée, bateau éprouvé, confiance retrouvée : seul ancien vainqueur au départ du prochain Vendée Globe, Vincent Riou a les moyens de doubler la mise. Entretien avec un skipper à bloc.
  • Publié le : 11/09/2012 - 00:01

Le 60 pieds PRBMis à l’eau en mars 2010, PRB est un plan VPLP-Verdier largement fiabilisé et optimisé, que Vincent Riou connaît parfaitement. Photo @ Benoît Stichelbaut (Sea & Co / PRB)«Le timing s’accélère sérieusement – c’est parti, là !» En habitué des phases finales de préparation au Vendée Globe, Vincent Riou sait qu’à deux mois du départ – le 10 novembre aux Sables-d’Olonne –, il entre dans le «money time». Le programme est intense, les journées trop courtes et l’enjeu de taille : rejoindre Michel Desjoyeaux au rang des doubles vainqueurs du tour du monde en solitaire et sans escale.

Vincent Riou, vers le doublé ?A 40 ans, Vincent Riou s’attaque à son troisième Vendée Globe. Et vise un deuxième sacre.Photo @ Benoît Stichelbaut Sea & CoL’histoire du skipper de PRB avec le Vendée Globe est aussi belle que mouvementée. Coordinateur technique de Mich’Desj’ lors de sa victoire en 2000-2001, Riou se lance à son tour en 2004 et remporte l’épreuve, après 87 jours de mer et une lutte épique avec Jean Le Cam – moins de sept heures d’écart à l’arrivée ! De retour quatre ans plus tard, Vincent ne peut défendre son titre jusqu’au bout : lorsque Le Cam chavire à 200 milles du cap Horn, il se rend sur zone, recueille son camarade mais endommage son bateau. La nuit suivante, le couperet tombe : PRB démâte, fin de l’aventure – Riou est reclassé 3e de l’épreuve.

Pour sa troisième participation, Vincent peut compter sur son expérfience et un bateau très au point – PRB, un plan VPLP-Verdier mis à l’eau en mars 2010 et qui a donc bénéficié de deux ans et demi d’optimisation. Seul accroc : cette cloison fissurée lors de la dernière Transat Jacques Vabre. Un mauvais souvenir effacé par la victoire obtenue en juin dernier dans l’Europa Warm’Up, dernier test d’envergure avant le grand saut.

C’est au lendemain d’un stage de navigation organisé par le Pôle Finistère Course au Large de Port-La-Forêt, réunissant près de la moitié de la flotte du Vendée, que Vincent a répondu à nos questions. Longuement, malgré le timing qui s’emballe…


voilesetvoiliers.com : Alors Vincent, ce stage d’entraînement à Port-Laf’ ?
Vincent Riou :
Parfait ! La confrontation avec les autres concurrents m’a permis de me remettre dans le rythme et de tirer quelques enseignements. Manœuvres, vitesse : le bateau va bien. C’est rassurant, d’autant que la mise à l’eau de PRB n’avait eu lieu que trois jours plus tôt, suite à un chantier de vérification et de fiabilisation. Le bonhomme va bien aussi : je suis dans le coup ! Ceci dit, il faut relativiser l’importance de ces stages au cours desquels nous ne découvrons rien de magique, car nous nous connaissons tous déjà très bien. Et il est difficile de se mettre réellement en configuration Vendée Globe.

v&v.com : Ton agenda est bien rempli. A peine le stage terminé, tu suis une formation médicale. En quoi consiste-t-elle ?
V.R. :
C’est davantage une révision pour moi, car je prépare mon troisième Vendée Globe. Dans cette formation, on nous présente les différentes pathologies possibles, la pharmacie du bord et on apprend à faire de petites interventions. On ne devient pas médecin en deux jours, mais c’est important de connaître le b.a.-ba.

v&v.com : Vous apprenez à vous recoudre seul la langue au milieu de nulle part ?
V.R. :
(Rires). Faire des points de suture fait partie de la formation. J’ai constaté que Bertrand de Broc n’était pas plus à l’aise que moi, donc je devrais y arriver aussi en cas de besoin ! (Lors du Vendée Globe 1992-93, de Broc s’était recousu seul la langue dans les quarantièmes, ndlr).

Savoir se ménagerLes 60 pieds IMOCA étant très exigeants physiquement, les skippers doivent être affûtés au départ du Vendée Globe. Photo @ Frédéric Augendre DPPIv&v. : Physiquement, comment te prépares-tu ?
V.R. :
Je fais du sport trois fois par semaine avec le Pôle Finistère Course au Large, de la course à pied, du vélo. Cet aspect physique a beaucoup évolué depuis ma première participation, en 2004. Les bateaux sont plus exigeants, les skippers mieux préparés – les meilleurs ont une sacrée caisse ! C’est du sport de haut niveau et nous ne sommes pas dans l’état d’esprit des jeunes cadres dynamiques qui vont courir le dimanche matin (rires). Mais attention à ne pas se griller pour autant : nos carrières sont longues et il faut savoir se ménager pour naviguer jusqu’à au moins 50 ans. Pas question de faire quinze ou vingt heures de sport par semaine si on veut durer. C’est l’une des problématiques auxquelles nous devons faire face…

v&v.com : Quels sont selon toi les autres éléments-clés d’une préparation réussie ?
V.R. :
Tout faire pour disposer d’un bateau à la fois performant et fiable – un défi énorme ! Les 60 pieds IMOCA d’aujourd’hui sont de véritables usines à gaz, le niveau technique est extrêmement pointu. Il y a dix ans, on pouvait faire des impasses – ou du moins des concessions – en décidant, par exemple, de privilégier la fiabilité au détriment de la performance. Partir avec un «coffre-fort» n’est plus possible pour un projet gagnant. Nous devons donc prendre des risques, avant et pendant la course, mais sans casser. Tout est affaire de compromis. Encore une problématique compliquée (rires) !

v&v.com : Ton bateau, mis à l’eau en mars 2010, semble fiable et très au point…
V.R. :
C’est effectivement un bateau polyvalent, rapide et fiable. J’en suis très content, je me sens vraiment à l’aise à bord. Je n’ai connu qu’une seule avarie sérieuse en deux ans et demi : un problème de structure (cloison avant cassée) lors de la dernière Transat Jacques Vabre. Nous avons tout fait pour rectifier le tir et croisons désormais les doigts pour que cela ne se reproduise pas. La construction du bateau a été lancée très tôt après le dernier Vendée Globe, mais j’ai fait très peu de compromis. PRB est loin d’être dépassé, même si d’autres plans VPLP-Verdier mis à l’eau un peu plus tard – comme le Macif de François Gabart – sont un peu plus évolués.

Coup d’essai, coup de maîtreLes Sables-d’Olonne, 2 février 2005. Après 87 jours de mer, Vincent Riou remporte le Vendée Globe avec un peu moins de sept heures d’avance sur Jean Le Cam, soit le plus petit écart entre un vainqueur et son dauphin de l’histoire de l’épreuve. Sacrée perf’ pour une première participation !Photo @ Jacques Vapillon (DPPI)v&v.com : Un deuxième sacre te semble donc jouable ?
V.R. :
Bien sûr ! J’aurais du mal à me motiver si je ne jouais pas la gagne ! Avec mon bateau et mon expérience, je peux gagner. Mais ce sera loin d’être simple car certains couples marins-bateaux sont redoutables : Jean-Pierre Dick et Virbac-Paprec 3, Armel Le Cléac’h et Banque Populaire, François Gabart et Macif, mais aussi Bernard Stamm et Cheminées Poujoulat ou encore Marc Guillemot et Safran. Sans compter les outsiders…

v&v.com : La victoire dans l’Europa Warm’Up, obtenue en juin dernier, doit tout de même te mettre en confiance ?
V.R. :
Oui, d’autant que je sortais d’une période un peu compliquée avec ce démâtage dans la Jacques Vabre puis une Transat B to B moyenne – je n’étais pas à l’aise, pas zen après la casse. Gagner à nouveau m’a fait beaucoup de bien ! Qui plus est devant les principaux concurrents du Vendée Globe, ceux qui disposent des monocoques les plus performants et les mieux préparés.

Confiance retrouvéeEn juin dernier, Vincent Riou file vers la victoire dans l’Europa Warm’Up, dernier test avant le Vendée Globe. Il devance Gabart, Le Cléac’h, Stamm, Dick et de Pavant. Bon pour la confiance !Photo @ Olivier Blanchet (Europa Warm’Up)v&v.com : D’autres skippers sont en effet très affûtés. Dès lors, comment faire la différence en course ?
V.R. :
En étant carré, en s’imposant un cadre et en s’y tenant. Il faut aussi de l’intuition, de la perspicacité pour élaborer une meilleure stratégie que les concurrents, sans trop se soucier de leurs choix. Malgré toutes les technologies dont nous disposons, les conditions restent aléatoires et ce n’est pas l’ordinateur qui gagne, mais bien le marin. Mais ne nous leurrons pas, il y aussi une part de réussite. Enfin, la sécurité est un paramètre essentiel qui doit guider les marins dans la course. L’avarie peut survenir à tout moment…

v&v.com : Prudence, donc…
V.R. :
Oui, car faire le tour du monde en solitaire, naviguer dans des zones très reculées, est une sacrée responsabilité. Il ne s’agit pas de faire n’importe quoi, de prendre des risques inconsidérés. Surtout dans le Grand Sud où les opérations de sauvetage sont extrêmement compliquées.

v&v.com : Victoire en 2004-05, sauvetage de Jean Le Cam et démâtage quatre ans plus tard. Tes participations au Vendée Globe sont toujours marquantes…
V.R. :
J’ai effectivement eu mon lot d’aventures – l’une sportive, l’autre humaine. J’y retourne en espérant me concentrer sur l’aspect sportif, et je me passerai bien d’un nouveau sauvetage même si les choses ont finalement bien fini il y a quatre ans.

Un Vendée 2008-09 mouvementéLe dernier Vendée Globe a été mouvementé pour Vincent Riou : après avoir secouru Jean Le Cam, chaviré au large du cap Horn, il démâte la nuit suivante. Fin de l’aventure pour le tenant du titre, finalement reclassé 3e ex-æquo.Photo @ Vincent Riou (Vendée Globe / DPPI)v&v.com : Que nous réserves-tu cette année avec Jean ?
V.R. :
C’est vrai que Jean est toujours dans le coup (rires) ! On ne vous réserve rien, j’espère du moins. Car si on se tire la bourre, c’est que j’ai des problèmes techniques : mon bateau est en effet plus performant sur le papier.

v&v.com : Que reste-t-il à faire à deux mois du départ ?
V.R. :
Un bon paquet de choses… Suivre les dernières formations, préparer le matos à embarquer, finir de fiabiliser tous les systèmes, prendre part aux deux autres derniers stages d’entraînement à Port-Laf’ (du 17 au 20 septembre et du 2 au 4 octobre, ndlr), effectuer des navigations techniques... Le timing s’accélère sérieusement !

v&v.com : A 40 ans, tu as encore une longue carrière devant toi. Une idée de ce à quoi elle pourrait ressembler après le Vendée ?
V.R. :
Mon contrat avec PRB s’arrête après le Vendée Globe. J’adore naviguer en IMOCA, le large en solitaire me passionne, mais je ferai peut-être autre chose pour changer d’air. Je ne sais pas encore avec précision, chaque chose en son temps.


………..
Vincent Riou en quelques lignes

2012
- Vainqueur de l’Europa Warm’Up
2011
- Vainqueur de la Rolex Fastnet Race (avec Jean Le Cam)
- Vainqueur de l’Artemis Challenge
- 3e de la Transat B to B
- Participation à la Transat Jacques Vabre avec Hugues Destremau (abandon)
2010
-2e du Tour d'Espagne
- 5e de la Route du Rhum
- 2e du GP de Douarnenez
2009
- 7e de la Transat Jacques Vabre à bord d’Akena Vérandas (avec Arnaud Boissières)
- 3e ex-aequo du Vendée Globe (reclassement)
2007-08
- Participation à la Barcelona World Race avec Sébastien Josse (abandon)
2007
- Vainqueur de la Rolex Fastnet Race avec Sébastien Josse
- Vainqueur de la Calais Round Britain Race
2004-05
- Vainqueur du Vendée Globe
2003
- Vainqueur de la Calais Round Britain Race,
- 2e de la Rolex Fastnet Race,
- 4e de la Transat Jacques Vabre avec Jérémie Beyou
2002
- 4e de la Solitaire du Figaro
 

PRB à la loupe

Architectes : VPLP-Verdier
Chantier : CDK Technologies (Port-La-Forêt), mars 2010
Longueur : 18,28 m (60 pieds)
Largeur : 5,50 m
Tirant d’eau : 4,50 m
Poids : nc
Voilure au près : 300 m2
Voilure au portant : 600 m2

Plus d’infos sur Vincent Riou ici

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