Le jeudi 19 janvier 2017, Armel Le Cléac'h remportait la 8e édition du Vendée Globe sur son monocoque Banque Populaire VIII après un tour du monde sans escale et sans assistance. Le Finistérien améliorait ainsi le précédent record de près de 4 jours (3 jours, 22 heures et 40 minutes) établi par François Gabart lors de sa victoire lors de l'édition 2012-2013. Mais au-delà de la compétition et des records, le Vendée Globe c’est une histoire de technique et d’humanité, de mer et de sel, de limites et de dépassement. Et nous, on aime… Alors la rédaction de voilesetvoiliers.com vous en fait suivre les péripéties de près.

Actualité à la Hune

Vendée Globe 2012-2013 / J+16

Vendée Blog : du décalage tactique dans l'air !

Le coup de mou au moral suite à l’abandon de Vincent Riou vient annoncer un coup de mou météorologique au large de Trindade et Martim Vaz. L’accès aux Quarantièmes ne se présente pas sous les meilleurs auspices avec l’installation d’une bande orageuse le long de l’anticyclone : il y a quelques décalages tactiques dans l’air… Et si Armel Le Cléac’h ne semble pas en mesure d’être inquiété ces prochains jours, il y a toujours l’incertitude d’une brise assez instable presque toute la semaine.
  • Publié le : 26/11/2012 - 06:35

Classement du lundi 26 novembre à 12 heures
1- Armel Le Cléac’h (Banque Populaire) à 19 855 milles de l’arrivée
2- François Gabart (Macif) à 26,9 milles du leader
3- Jean Pierre Dick (Virbac Paprec 3) à 81,4 milles
4- Alex Thomson (Hugo Boss) à 135,1 milles
5- Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat) à 152,6 milles


Positions du 26 novembre à 5hPositions du 26 novembre à 5h : les leaders ont débordé l'archipel de Trindade et Martim Vaz la nuit dernière, mais Armel Le Cléach est plus de 150 milles à l'Est de Jean-Pierre Dick. Et le trio suiveur est encore plus décalé... (Cliquez sur la cartographie pour l'agrandir).Carto @ Addviso & Supersoniks Au fil de ses longues escapades, le marin a appris qu’aucun jour ne ressemble à un autre, qu’aucune vague n’est identique, qu’aucun nuage est similaire : la mer et le ciel n’offre jamais le même paysage. Vouloir le décrire n’est que fixer une image furtive, comme les pastels de « La vie mode d’emploi ».

Il n’y a pas de fatalité en mer, juste des évènements improbables, insoupçonnables, incernables, parfois incroyables, mais toujours une raison, une explication, une certitude. Le choc avec une bouée métallique subi par PRB à 600 milles au large de Salvador de Bahia n’avait qu’une probabilité infinitésimale de se produire. Un corps-mort de port qui vient probablement d’Afrique, à plus de 5 000 km du point d’impact, poussé par les vents dominants après des mois de dérives, d’errances, de demi-tours, de ballottages…
 

Un paramètre en hausse

Prévisions du 27 novembre à 4h Prévisions du 27 novembre à 4h : l’anticyclone de Sainte-Hélène glisse sous l’Afrique et forme une dorsale vers la baie de Rio de Janeiro. Le leader (position estimée sur la croix rouge) devrait longer la bande nuageuse qui barre obliquement l’Atlantique Sud. (Cliquez sur les cartes pour les agrandir).Photo @ D.R. GribView

Deux semaines de mer et sept abandons ! 35% de perte… Vu comme cela, cette septième édition du Vendée Globe pourrait sembler un nouveau jeu de quille. Car en creusant le phénomène, force est de constater que seules trois avaries mécaniques marquent cette épreuve : la rupture de quille de Safran, le démâtage de Savéol, les ennuis électroniques d’Energa.

Fatigue prématurée du titane ou mauvaise conception pour le premier, usure probable d’une pièce de gréement pour le second, préparation incomplète pour le dernier inscrit. Deux solitaires (Groupe Bel, Bureau Vallée) se sont fait éperonner par un bateau de pêche, un autre a percuté un objet flottant qui a vrillé l’axe de quille (Maître CoQ), un quatrième a touché une bouée métallique (PRB) venue de nulle part. On ne peut pas en déduire que la mécanique est en cause !

Prévisions du 28 novembre à 4hPrévisions du 28 novembre à 4h : par phénomène de balancier, les hautes pressions reviennent sur Tristan da Cunha mais perdent en intensité (1025 hPa). La dorsale brésilienne tend à disparaître sous la pression d’une nouvelle bulle de chaleur.Photo @ D.R. GribViewA la grande époque des multicoques, il y avait les cétacés qui cassaient les dérives ou les growlers qui entamaient les flotteurs. Sur l’Atlantique Nord, le nombre de détritus qui flottent dans le Gulf Stream est en pleine expansion : troncs d’arbre après un cyclone tropical, container perdu par un cargo, nappes de pétrole dégazé en mer, filets de pêche arrachés…

Mais dans le cas de Vincent Riou, à 1 000 km de toute terre, il n’y a qu’une chance sur plusieurs dizaines de milliards que deux objets se rencontrent au milieu de l’océan ! La nappe de pollution plastique de plusieurs centaines de kilomètres carrés qui s’est formée au cœur du Pacifique est là pour nous rappeler que chaque détritus non biodégradable en quelques jours peut parcourir des milliers de milles avant de s’échouer sur une rive ou de fusionner avec les grandes décharges maritimes…
 

La cyclogenèse du moral

Prévisions du 29 novembre à 4hPrévisions du 29 novembre à 4h : la bande nuageuse sortant du Brésil s’étend vers le large en coupant la dorsale. Une bulle anticyclonique se crée dans son Sud avec peu de vent sur le 30°S.Photo @ D.R. GribView

La nouvelle de l’abandon de Vincent Riou a secoué la flotte parce que l’événement est tellement improbable qu’il peut arriver à tout le monde… Un sérieux coup de mou au moral. Et un certain doute qui s’installe à un moment qui pourrait bien s’avérer crucial pour ce tour du monde car le groupe de tête semble bien exploser depuis ce week-end.

Le « club des cinq » n’appréhende pas de la même manière l’abord de Sainte-Hélène : certains veulent flirter avec ses bordures volages, d’autres choisissent de s’éloigner de ses rets. Après deux semaines de mer et peu d’écarts de route si ce n’est pour négocier la dépression au large de Madère, il y a dichotomie !

Prévisions du 30 novembre à 4hPrévisions du 30 novembre à 4h : deux anticyclones se sont formés qui vont fusionner le week-end prochain sous la poussée d’une nouvelle dépression argentine. La bande nuageuse commence à se dissiper et le régime puissant d’Ouest atteint le 37°S : les leaders n’auront pas de problème pour passer au Nord de la première marque du Grand Sud, l’île Gough (40°S-10°W). Photo @ D.R. GribViewDans des alizés de secteur Est au large du Brésil, le leader Armel Le Cléac’h (Banque Populaire) et son dauphin François Gabart (Macif) semblent bien décidés à piquer vers l’Afrique, cap au Sud-Est, quand Jean-Pierre Dick (Virbac Paprec 3) continue de plonger plein Sud : l’écart latéral atteint désormais plus de 150 milles.

Pour Alex Thomson (Hugo Boss) et Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat) relégués à plus de 130 milles du chef de meute, il est encore temps d’observer les premiers résultats de cet aiguillage brésilien. Mais il va falloir choisir son camp dès ce lundi  !
 

Éventail tropical

Est-ce parce qu’il fait une chaleur torride et moite à l’approche des îles de Trindade et Martim Vaz (20°30S-29°W) ? Est-ce parce que le souffle alizéen est un peu cyclothymique depuis l’équateur ? Est-ce parce que des bulles de chaleur s’échappent du Brésil pour former une bande nuageuse et orageuse qui coupe la route vers les Quarantièmes ? Toujours est-il que la tête de flotte part en éventail… Conséquence d’une grosse masse nuageuse qui s’est formée sous le tropique du Capricorne et qu’il faut soit longer sur sa bordure septentrionale, soit traverser jusqu’au 30°S.

Dans le premier cas, la brise ne s’annonce pas très soutenue voir même molle à une dizaine de nœuds de secteur Nord-Est tournant au Nord-Ouest ces prochains jours. Pour la deuxième option, le vent va se renforcer sous les nuages, voire les grains avec plus de quinze nœuds de Nord.

Mirabaud au portant bâbord amuresDominique Wavre se fait progressivement décrocher par ses deux compères du Pot au Noir : dans les alizés d’Est, Mirabaud ne semble pas aussi à l’aise aux allures débridées, mais le vent adonnant de plus en plus pourrait favoriser son placement plus à l’Est…Photo @ Thierry Martinez Sea & CoDans les deux cas, il ne faudra pas traîner en route car le front qui barre obliquement l’Atlantique Sud va se déliter vendredi soir pour laisser la place à une nouvelle cellule anticyclonique venue de Mar del Plata. Il faut donc imaginer que le deuxième groupe (Golding-Le Cam-Wavre) qui cumule 400 milles de retard, soit presque une journée et demie, ne sera pas favorisé par ce changement rapide de la situation sur le 30°S.

C’est à la limite moins pire pour le deuxième groupe (Sanso, de Lamotte, Boissières, de Broc) à 700 milles du leader soit deux jours et demi, car si les prévisions se confirment, il pourrait accrocher une dépression uruguayenne annoncée pour le week-end prochain…
 

Une descente mollassonne

Au regard des écarts d’il y a une semaine, il faut constater que les deltas n’ont pas franchement évolué : alors que le leader d’alors (Armel Le Cléac’h) était en vue du Pot au Noir, il possédait soixante milles de marge sur son dauphin (François Gabart), 120 milles sur le Britannique (Alex Thomson), 340 milles sur le groupe suiveur (Jean Le Cam) et plus de 700 milles sur Bertrand de Broc. Il n’y a pas eu de pertes ou de gains significatifs si ce n’est que Bernard Stamm a décroché suite à ses ennuis de génois déchiré, que le groupe suiveur s’est décalé plus à l’Ouest ce qui lui a fait perdre une cinquantaine de milles et qu’à l’arrière, le facétieux passage du Pot au Noir a fortement pénalisé Arnaud Boissières et Bertrand de Broc alors qu’il était favorable à Javier Sanso et Arnaud Boissières.

Mais cette semaine à venir risque fort de changer la donne : d’abord parce que les leaders ne vont pas aller très vite jusqu’à ce week-end, mais que le rythme va très sensiblement prendre des tours ensuite quand les premiers solitaires vont attraper le régime d’Ouest sous le 35°S. Les moins favorisés seraient toutefois le triumvirat Goling-Le Cam-Wavre qui va aborder la bande nuageuse au mauvais moment alors que les quatre suivants pourraient bien glisser rapidement vers les Quarantièmes dès le cap Frio. Le grand cirque des mers du Sud va débuter, mais la route est longue et lente pour y arriver.
 

Distances parcourues en 24h (J+9 à J+15)

Distance parcourue en 24h (cinq premiers)Le graphique montre que les cinq leaders ont ralenti au passage du Pot au Noir (J+10) et Armel Le Cléac’h a été le moins pénalisé. Mais c’est Jean-Pierre Dick qui s’est avéré le plus rapide après l’équateur. Les vitesses moyennes entre 10 et 13 nœuds restent stables indiquant que les alizés n’ont pas été très puissants au large du Brésil. Photo @ Magnus Henderson GribView


 

Ecarts au premier (J+9 à J+15)

Ecarts au premierAlors qu’à la sortie du Pot au Noir, les quatre poursuivants d’Armel Le Cléac’h sont au contact, les écarts ne cessent de se creuser. Bernard Stamm et Alex Thomson sont les plus décrochés sur cette semaine alors que Jean-Pierre Dick revient au contact de François Gabart, mais avec 55 milles de retard sur le leader…Photo @ Magnus Henderson GribView


Comparatif des Vendée 2008 et 2012 (Michel Desjoyeaux-Armel Le Cléac'h)

Comparatif Vendée Globe 2008 et 2012Depuis les Sables d’Olonne (deuxième départ de Michel Desjoyeaux), Armel Le Cléac’h est plus véloce que son prédécesseur vainqueur en 2008. C’est surtout la descente de Madère au Cap-Vert qui est plus rapide en 2012 avec un passage du Pot au Noir moins pénalisant. Les alizés de l’hémisphère Sud sont aussi plus favorables sur cette édition ! Photo @ Magnus Henderson V&V

 

Temps de référence à l’équateur

1989 : Titouan Lamazou = 17j 13h
1992 : Alain Gautier = 17j 22h
1996 : Christophe Auguin = 15j 12h
2000 : Yves Parlier = 14j 03h 49’
2004 : Jean Le Cam = 10j 11h 28’
2008 : Loïck Peyron = 12j 08h 58’
2012 : Armel Le Cléac’h = 10j 19h 18’
 

Écarts à l’équateur

1- Armel Le Cléac’h le 21 novembre à 8h20, soit 10j 19h 18’ à 12,15 nœuds de moyenne orthodromique
2- François Gabart en 11j 09’ à 4h 51’ du leader
3- Vincent Riou en 11j 10’ à 4h 52’
4- Jean Pierre Dick en 11j 23’ à 5h 05’
5- Alex Thomson en 11j 2h 34’ à 7h 16’
6- Bernard Stamm en 11j 3h 35’ à 8h 17’
7- Mike Golding en 11j 14h 13’ à 18h 55’
8- Jean Le Cam en 11j 20h 07’ à 1j 00h 53’
9- Dominique Wavre en 11j 20h 43’ à 1j 01h 25’
10- Javier Sanso en 12j 09h 23’ à 1j 14h 05’
11- Arnaud Boissières en 12j 13h 43’ à 1j 18h 25’
12- Tanguy de Lamotte en 12j 15h 43’ à 1j 20h 25’

François Gabart à la table à cartesFrançois Gabart (Macif) : «J’ai découvert l’abandon de Vincent Riou tout à l’heure : c’est triste et malheureux. Il faisait partie des favoris et il aurait apporté plein de choses jusqu’à la fin de la course. J’ai vu les dégâts et c’est vrai que c’est toujours difficile d’aller dans les mers du Sud si le bateau n’est pas fiable à 100%. C’est dur car c’est un concurrent que j’apprécie beaucoup. Vincent connaît le carbone et le composite :il était le plus apte à réparer cette avarie.»Photo @ Vincent Curutchet (DPPI / Vendée Globe)

 

Le cinquième chant de Camões (1525-1580)

Camões est l’un des plus grand poète portugais du XVIe siècle : au cours d’une vie mouvementée qui le verra passer plusieurs fois en prison (à Lisbonne et à Goa), il écrit un poème en dix chants sur le périple de Vasco de Gama près d’un siècle plus tôt (1497-1499). Les Lusiades sont une œuvre majeure de la littérature portugaise, une épopée lyrique en cette riche période qui vit se « côtoyer » Ronsard, Machiavel, Rabelais, Michel-Ange, Charles Quint, Copernic, Ignace de Loyola, Montaigne, Shakespeare, Luther, Erasme…
 

«Le sujet des Lusiades, traité par un esprit aussi vif que le Camões, ne pouvait que produire une nouvelle espèce d’épopée. Le fond de son poème n’est ni une guerre, ni une querelle de héros, ni le monde en armes pour une femme ; c’est un nouveau pays découvert à l’aide de la navigation… Cela est grand en tout pays sans doute.»
(Voltaire, essai sur la poésie épique)

 

«Déjà nous avions découvert face à nous, dans le nouvel hémisphère, une nouvelle étoile, inaperçue d’autres peuples ignorants, qui doutèrent un temps de son existence. Nous vîmes la partie la moins rutilante, et par manque d’étoiles, la moins belle : celle du Pôle fixe où l’on ne sait encore quelle autre terre commence ou quelle mer s’achève.

Ainsi, traversant ces régions par où deux fois passe Apollon, ramenant deux hivers et deux étés, dans sa course de l’un à l’autre pôle, par temps calme, par bourrasques et oppressions que toujours la mer fait Eole en courroux, nous vîmes les Ourses, en dépit de Junon, se baigner dans l’onde de Neptune.

Te dire tout au long les périls de la mer, mal compris des humains : soudains et terribles orages, éclairs embrasant le ciel, noires averses, nuits ténébreuses, grondements du tonnerre ébranlant le monde, c’est pour moi épreuve autant que grande erreur, lors même que ma voix serait de fer.

J’ai vu les choses que les rudes marins, qui ont pour maîtresse leur longue expérience, tiennent pour certaines et véridiques, en jugeant sur la seule apparence, et que ceux dont le jugement est plus assuré, et qui ne sondent les mystérieux secrets du monde que par l’intelligence et le raisonnement, croient fausses ou mal interprétées.

J’ai vu, clairement vu, la vive aigrette* que les gens de mer tiennent pour sacrée, en temps de tourmente et de vent rebelle, de noire tempête et de tristes sanglots. Et ce ne fut pas moins pour tous miracle excessif et chose assurément fort surprenante, de voir les nuées de la mer pomper, par un large tube, les eaux profondes de l’Océan.

J’ai vu bien certainement (et je ne présume pas que mes yeux m’aient trompé) une légère vapeur, une subtile fumée s’élever dans les airs, et, sous la poussée du vent, tournoyer sur elle-même ; puis on la voyait entraîner vers le ciel un tube si mince qu’à peine l’œil pouvait-il entrevoir : il paraissait formé de la substance des nuages.

Peu à peu ses dimensions augmentaient, il devenait plus large qu’un gros mât. Ici, il se rétrécit, là il s’élargit, tandis qu’il pompait les grandes masses d’eau : il ondoyait au gré des ondes. Au sommet s’accumulait une nuée qui se faisait plus grande et plus pesante, avec la grande charge d’eau qui venait s’y déverser.

Comme la pourpre sangsue, collée au mufle de la bête (qui par mégarde, en buvant, l’a retirée de la fraîche fontaine), étanche avec du sang étranger sa soif ardente : plus elle suce, plus elle se gorge et grossit, s’enfle et s’élargit démesurément ; telle la grande colonne gonfle et dilate elle-même et la nuée noire qu’elle supporte.

Mais quand elle a fait son plein, elle ramène à elle le pied qu’elle a sur la mer, et ruisselante, s’envole enfin vers le ciel pour mouiller de son eau l’eau qui s’étend sous elle ; aux ondes elle restitue l’onde qu’elle a pompée, mais elle lui retire et ôte la saveur du sel. Aux savants maintenant de chercher dans les livres quels sont ces secrets de la nature !

Si les anciens philosophes, qui parcoururent tant de pays pour en voir les secrets, avaient connu les merveilles que j’ai connues, en donnant les voiles à des vents si divers, quels vastes écrits n’auraient-ils pas laissés ! Quelle influence des signes et des astres n’y auraient-ils pas vue ! Que d’étrangetés, que de grandes qualités ! Et ce n’était pourtant, sans mentir, que la pure vérité !

Mais déjà la planète qui séjourne au premier ciel avait par cinq fois, dans sa course rapide, montré tantôt demi-face et tantôt plein visage, depuis que la flotte fendait la mer, quand, de la hune aérienne, un marin à l’œil attentif, crie : “Terre ! Terre !” A bord, les équipages en émoi bondissent, scrutant à l’Est l’horizon.**»
Camões (Les Lusiades – 1572)
 

(*) Feu de Saint-Elme
(**) Trois mois et 27 jours après son départ de Lisbonne ,
le 4 novembre 1497, Vasco de Gama arrive en vue de l’île de Sainte-Hélène.