Le jeudi 19 janvier 2017, Armel Le Cléac'h remportait la 8e édition du Vendée Globe sur son monocoque Banque Populaire VIII après un tour du monde sans escale et sans assistance. Le Finistérien améliorait ainsi le précédent record de près de 4 jours (3 jours, 22 heures et 40 minutes) établi par François Gabart lors de sa victoire lors de l'édition 2012-2013. Mais au-delà de la compétition et des records, le Vendée Globe c’est une histoire de technique et d’humanité, de mer et de sel, de limites et de dépassement. Et nous, on aime… Alors la rédaction de voilesetvoiliers.com vous en fait suivre les péripéties de près.

Actualité à la Hune

Vendée Globe 2012-2013 / J+60

Vendée Blog : Couples, paires, duos, tandems

Après soixante jours de mer, l’Atlantique redistribue les cartes pour nombre de solitaires qui forment plusieurs paires au gré de leur entrée en Atlantique. François Gabart a fait le break, mais Armel Le Cléac’h le suit à cent milles, Jean-Pierre Dick voit le retour d’Alex Thomson par l’Ouest, Jean Le Cam est de nouveau sous la pression de Mike Golding, les deux Suisses ne se quittent plus et Arnaud Boissières est suivi comme son ombre par Javier Sanso…
  • Publié le : 09/01/2013 - 07:15

Classement du 9 janvier à 5h
1-François Gabart (Macif) à 5 130,7 milles de l’arrivée
2-Armel Le Cléac’h (Banque Populaire) à 100,7 milles du leader
3-Jean Pierre Dick (Virbac Paprec 3) à 453,4 milles
4-Alex Thomson (Hugo Boss) à 610,7 milles
5-Jean Le Cam (SynerCiel) à 1 731,9 milles

Gamesa sous spiMike Golding (Gamesa) : "Ce sera certainement mon dernier passage du cap Horn en solitaire. Je suis conscient qu’il y a beaucoup de choses que je fais pour la dernière fois, mais ça ne me pose pas de problème. Je fais une bonne course, je n"ai pas à me plaindre. J’aimerais que ce soit spécial. J’aurais aimé être un peu plus près des côtes mais il n’est pas sûr que les conditions eues été meilleures."Photo @ Mark Lloyd Vendée Globe

Il y a du match ! Non seulement en tête où François Gabart (Macif) a conforté son avance de cent milles sur Armel Le Cléac’h (Banque Populaire), mais aussi à suivre puisque Jean-Pierre Dick (Virbac Paprec 3) est en ballottage défavorable face à Alex Thomson (Hugo Boss), et au bout du monde où Jean Le Cam (SynerCiel) voit le retour de Mike Golding (Gamesa), sixième solitaire à être passé en Atlantique ce mercredi vers 3h30. On va toujours plus vite à deux quand on est en solitaire !

Le PACS atlantique

Certes les deux leaders sont en phase de divorce depuis qu’ils ont traversé la bande orageuse venue du Brésil, mais la séparation n’est pas consommée même si la position d’Armel Le Cléac’h dans le sillage de François Gabart limite ses possibilités stratégiques dans une brise de Nord d’une quinzaine de nœuds. Mais au fur et à mesure que les deux leaders rentrent dans les hautes pressions de l’anticyclone de Sainte-Hélène, le vent mollit et tourne progressivement vers la droite, vers le Nord-Est. C’est l’instant du virement de bord qui va réellement déterminer s’il y a rupture ou si le couple va se réconcilier…

C’est probablement la nuit prochaine que la manœuvre va s’engager mais reste à savoir si les deux skippers vont virer de conserve ou si le dauphin va attendre d’être sur la même longitude (autour du 30°W) pour se recadrer. Une fois en tribord amure, c’est un très long bord qui les attend en bordure de l’anticyclone qui semble bien installer avec un flux régulier d’Est dès le tropique du Capricorne : une fois vent de travers, les deux premiers vont allonger la foulée et les écarts ne devraient plus bouger jusqu’à l’équateur.

Positions du 9 janvier à 5hDernier en date à avoir franchi le cap Hron, Mike Golding est désormais à portée de lance-pierre de Jean Le Cam, bloqué derrière le détroit de Le Maire. Les passages devant la Terre de Feu vont se succéder ces prochaines 36h alors que les deux leaders rentrent dans l’anticyclone de Sainte-Hélène. Mais c’est Alex Thomson qu’il faut surveiller ces prochains jours…Photo @ Addviso & Supersoniks

 

Séparation brésilienne

Entre Jean-Pierre Dick et Alex Thomson, il y a désormais 600 milles d’écart latéral ! L’un pique vers le Nord-Est vers l’anticyclone quand l’autre monte plein Nord vers Rio de Janeiro… Le Britannique a certes 150 milles de retard par rapport à l’arrivée, mais sur l’eau, il est déjà 60 milles plus au Nord. Et dans un flux portant de secteur Sud, il est déjà le plus rapide, pile sur la route directe : il devrait grimper à la troisième place dès jeudi et creuser l’écart car il va être poussé rapidement jusqu’à Itajai. Mais sa position près des côtes brésiliennes va alors se complexifier car il devra traverser une bande orageuse pour sortir de la baie de Rio vendredi.

Suite à son avarie d’étai, Jean Pierre Dick n’a pu suivre le sillage des deux leaders et se retrouve nettement plus au Sud : il navigue dans une bande nuageuse et orageuse qui va malheureusement l’accompagner s’il persévère dans le Nord-Est. Mais virer de bord c’est perdre beaucoup de terrain pour passer sur la face occidentale de ce front où la brise revient par le Sud, et pour bénéficier des mêmes conditions que le Britannique. Et continuer vers les hautes pressions, c’est au minimum deux jours de près bâbord amure avec des grains qui le pourchassent… Sa situation n’est pas enviable et le Niçois peut s’attendre à perdre beaucoup de milles ces prochaines heures.

Réconciliation patagonne

Mike Golding en a fini avec le Pacifique : le Britannique a annoncé que ce passage du cap Horn serait très certainement le dernier de sa carrière en solitaire. Vers 3h30 ce mercredi, il entrait dans l’Atlantique avec seulement 140 milles de retard sur Jean Le Cam. Le Breton semble avoir subi les affres d’une grosse molle derrière le détroit de Le Maire, à moins qu’il ait profité d’une mer plus plate pour réparer quelques bricoles importantes à bord. Les deux compères vont pouvoir remonter le long des côtes argentines dans un flux de secteur Ouest qui va se reconstruire au fil des heures à venir.

Akena grosse vague du PacifiqueLe Pacifique est très agité pour les trois derniers solitaires qui ont encore une semaine de navigation avant le cap Horn. L"Italien Alessandro di Benedetto ne va pas avoir une route facile pour respecter la dernière porte des glaces et piquer vers la Terre de Feu : il y a grosse mer et forte houle !Photo @ Arnaud Boissières Vendée Globe

Prochain solitaire attendu au cap Horn : Dominique Wavre (Mirabaud) devrait passer vers midi avec à peine une dizaine d’heures de retard sur le Britannique et dans son sillage, trois heures plus tard, Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat) va aussi en finir avec le Pacifique. Le Suisse a prévu de se faire ravitailler en carburant à l’entrée du détroit de Beagle, ce qui mettrait fin à sa course mais pas à sa remontée vers les Sables d’Olonne. Bernard pourra au moins recharger ses batteries et récupérer après ses multiples aventures et trois jours de stress pacifique sans énergie.

Navigation de conserve

Ils ne se quittent plus non plus : Arnaud Boissières (Akena vérandas) et Javier Sanso (Acciona) se sont croisés lundi et s’ils n’ont pas tout à fait suivi le même chemin, ils se retrouvent à une vingtaine de milles seulement l’un de l’autre. Ils devraient passer le Horn jeudi matin avec à peine deux heures d’écart. Derrière, Bertrand de Broc (Votre nom autour du monde) et Tanguy de Lamotte (Initiatives-cœur) ne sont pas si éloignés que ça l’un de l’autre : 270 milles.

Tous les deux visent la dernière porte des glaces Pacifique Est qu’ils devraient franchir avec à peine une vingtaine d’heures d’écart. Dans un flux d’Ouest puissant, ils pourront faire route directe vers la Terre de Feu qu’ils déborderont en début de semaine prochaine. Mais pour l’Italien qui ferme la marche, le Pacifique est loin d’être fini ! Alessandro di Benedetto (Team Plastique) va passer ce mercredi vers midi l’avant-dernière porte des glaces dans une brise musclée mais surtout, il ne va pas pouvoir gagner dans le Sud ces prochains jours car une méchante perturbation australe s’installe sur sa route : il va se faire secouer dans une mer dure et va devoir rester sur le 50°S s’il ne veut pas percuter le centre dépressionnaire ce week-end.

Arnaud Boissières à la table à cartesArnaud Boissières (Akena vérandas) : "J’espère pouvoir passer assez près du Horn et qu’il fera jour pour pouvoir faire de belles photos. Avec Javier, c’était sympa de se croiser parce qu’il y avait très peu de visibilité, pas mal de grains et d’un coup j’ai eu un flash jaune derrière moi. On s’est parlé à la VHF et je lui ai demandé s’il lui restait des cookies... On se disait que c’était bien de se tirer la bourre à deux. On va plus vite à deux que tout seul dans son coin."Photo @ Jean-Marie Liot DPPI / Vendée Globe


« On ne saurait parler de la côte du Chili sans dire un mot du « Caleuche », terreur des caboteurs et des pêcheurs dans cette partie du littoral de la République Sud-Américaine. Le « Caleuche » est un bateau fantôme spécial à cette région de la mer du Sud et dont l’apparition précède invariablement les grands cataclysmes qui la dévastent de temps en temps. Chez tous les peuples de navigateurs, on a toujours cru et on croit encore à des navires mystérieux, doués d’un pouvoir surnaturel, montés par des ombres condamnées à parcourir les mers jusqu’à la fin des temps.
Mais il n’est pas de population maritime où cette superstition soit plus ancrée dans l’esprit des hommes que chez les marins chiliens, surtout parmi ceux des parages tourmentés des Chiloés qu’on embarquaient souvent sur les long-courriers à court de personnel. Il m’a été donné bien des fois d’interroger des matelots prétendant l’avoir aperçu et lui avoir échappé miraculeusement ; tous sont d’accord pour affirmer qu’il se montre surtout près de terre pendant l’hiver austral, en juin, juillet et août.
Il croise alors sans arrêt du cap Horn à l’île de Pâques, remontant même parfois jusqu’à Arica, mais s’attardant surtout dans les eaux redoutées qui baignent la Terre de Feu, le golfe de Penas et celui de Sorrow, les îles Mocha et Chiloë.
Comme tous les bateaux fantômes, c’est un navire fantastique, changeant de forme et de gréement instantanément, sortant parfois entièrement de l’eau et s’évanouissant aussi vite qu’il était apparu.
On ne le rencontre jamais que la nuit, au cours de terribles tempêtes que sa présence déchaîne.
Sans souci des vents, des lames et des courants, des écueils et des promontoires, il ne se dérange jamais de sa route, semant sur son passage l’épouvante et la mort.
La mer bouillonne sous ses flancs dans une sorte de phosphorescence rougeâtre, sa mâture lumineuse touche au firmament et son équipage de trépassés est auréolé de flammes blanchâtres.
Quand, au coup de minuit, il apparaît brusquement dans une sorte de brouillard, son capitaine montre parfois sa stature géante au milieu des langues de feu qui ceinturent son couronnement.
Il n’est plus alors de salut pour personne ; son étrave monstrueuse rase la mer comme une faux géante et balaie, comme des fétus de paille, les plus solides navires. »

Louis Lacroix (Les derniers Cap-Horniers français)