Le jeudi 19 janvier 2017, Armel Le Cléac'h remportait la 8e édition du Vendée Globe sur son monocoque Banque Populaire VIII après un tour du monde sans escale et sans assistance. Le Finistérien améliorait ainsi le précédent record de près de 4 jours (3 jours, 22 heures et 40 minutes) établi par François Gabart lors de sa victoire lors de l'édition 2012-2013. Mais au-delà de la compétition et des records, le Vendée Globe c’est une histoire de technique et d’humanité, de mer et de sel, de limites et de dépassement. Et nous, on aime… Alors la rédaction de voilesetvoiliers.com vous en fait suivre les péripéties de près.

Actualité à la Hune

Vendée Globe 2012-2013 / J+18

Vendée Blog : le temps des choix et des options

Armel Le Cléac’h persévère sur la route directe vers la première porte des glaces et seul Alex Thomson a choisi de le suivre : le Britannique est aussi le seul à gagner du terrain sur le leader. Car leurs poursuivants continuent leur option vers le Sud dans l’espoir d’accrocher une dépression qui tarde à venir… Et le trio suiveur revient très fort : rien n’est acquis à 1 800 milles du cap de Bonne Espérance !
  • Publié le : 28/11/2012 - 06:41

Classement du mercredi 28 novembre à 12 heures
1- Armel Le Cléac’h (Banque Populaire) à 19 365 milles de l’arrivée
2- Alex Thomson (Hugo Boss) à 158,0 milles du leader
3- Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat) à 201,2 milles
4- Françis Gabart (Macif) à 250,8 milles
5- Jean Pierre Dick (Virbac Paprec 3) à 302,5 milles

Mike Golding sur le pontMike Golding a profité de l'incertitude météo en tête de flotte pour revenir sur les leaders  en compagnie de Jean Le Cam et de Dominique Wavre. Il devrait désormais naviguer avec les mêmes conditions que Jean-Pierre Dick. De quoi comparer les vitesses au portant...Photo @ Mark Lloyd (DPPI / Vendée Globe)

Après dix-huit jours de mer, ça flâne sur la route… Si ce n’est pas l’école buissonnière à bord des monocoques, nombre de solitaires prennent des chemins de traverse pour tenter de s’extirper des métastases anticycloniques. Les hautes pressions de Sainte-Hélène rendent très incertains les routages qui pour l’instant, ne correspondent pas tout à fait à la réalité.

Et il devient très difficile de se projeter ne serait-ce qu’à trois jours pour savoir qui d’Armel Le Cléac’h qui coupe au plus court, ou qui du groupe qui a plongé vers le Sud, va le mieux se sortir de cette nasse.
 

Le patient anglais

Pour résumer : en tête de gondole au passage de l’archipel brésilien de Trindade, Armel Le Cléac’h jouait les ouvreurs sur une piste assez glissante. Il avait alors le choix entre initier la rupture en piquant vers le Sud pour éviter de poursuivre un centre anticyclonique qui s’échappait vers l’Afrique du Sud, ou d’entraîner ses poursuivants (surtout les plus pressants comme François Gabart à seulement 50 milles de son tableau arrière) dans sa roue vers l’incertitude anticyclonique. Mais une fois engagé dans la voie de l’Est, le skipper de Banque Populaire n’avait plus trop le choix de revenir sur sa décision.

Positions et prévis météo pour le 27 au soirPositions et prévision météo (grib NOAA via Zygrib) pour le 27 novembre au soir : Jean-Pierre Dick devrait bientôt toucher du vent pour descendre vers le Sud.Photo @ Guillaume Bolo - Vendée Globe 2012 Et pour Jean-Pierre Dick (Virbac Paprec 3), le dilemme était le même : parti plonger plein Sud pour traverser une bande nuageuse, il savait qu’il allait perdre beaucoup de terrain sur le leader pendant au moins deux jours. Le groupe de tête a hésité plus ou moins longtemps : le dauphin (Macif) a mis plus d’une demie journée à choisir son camp pour finalement décrocher du leader, puis Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat) s’est aussi convaincu que la route directe allait dans une impasse.

Ne reste plus qu’Alex Thomson (Hugo Boss) qui suit la trace de l’ouvreur, mais qui semble se garder la possibilité de changer de cap : le Britannique est patient car ce mercredi matin, ça ne va pas beaucoup plus vite par l’Ouest…
Vendée Globe 2012 : les positions au matin du 28 novembreLes positions au matin du mercredi 28 novembre. Notez l'étalement en éventail de la flotte, en tête de course. Des choix ont été faits. Verdict avant la fin de la semaine.Photo @ Addviso & Supersoniks

Ça bulle sur l’Atlantique

De fait, les hautes pressions sont molles sur l’Atlantique Sud : l’anticyclone de Sainte-Hélène n’accuse que 1026 hPa et s’étend considérablement alors que les dépressions sont très hautes sur le 60°S. Il en résulte une grande variabilité météorologique puisque des bulles se forment, surtout quand une masse orageuse sort du Brésil : elle a tendance à glisser sous l’anticyclone en le scindant en plusieurs morceaux sans pour autant apporter un souffle nouveau et puissant car elle ne se transforme en dépression que trois jours après sur le 50°S. Entre temps, elle barre obliquement l’océan en compressant légèrement les isobares, ce qui renforce les alizés sur la face occidentale de l’anticyclone.

Tout cela rend délicates les prévisions à moyen terme car il n’y a pas de différentiel marqué entre ces systèmes météo : la trajectoire réelle de la bande nuageuse et son intensité sont difficilement modélisables. C’est donc aussi pourquoi les routages manquent de précision, or trois nœuds de vent en de plus, vingt degrés d’azimut différent modifient très sensiblement la route optimale vers le cap de Bonne Espérance… Vu de terre, la position d’Armel Le Cléac’h n’est pas très favorable parce qu’il n’arrive pas à glisser progressivement dans le Sud, mais sur l’eau, les partisans du Sud tardent à toucher la brise plus soutenue de secteur Nord. Il va encore falloir attendre 24 heures pour que la situation se décante.
 

La prime aux suiveurs

Alessandro di Benedetto et ses poissons volantsAlessandro di Benedetto et sa pêche de la nuit. Même en queue de peloton, le Franco-Italien vit pleinement «son» Vendée Globe.Photo @ Alessandro di Benedetto (Team Plastique / Vendée Globe)Dans l’histoire, ce sont les retardataires qui ramassent la mise : le trio Le Cam-Golding-Wavre est revenu dans les basques du groupe de tête explosé ! Jean Le Cam (SynerCiel) est celui qui a le plus gagné en grappillant plus de 200 milles en 48h sur Jean-Pierre Dick qui n’est plus qu’à 80 milles de son étrave… Et en sus, le Breton arrive avec le nouveau vent de Nord qui lui permet d’espérer voir le Niçois à l’horizon.

Et le phénomène de compression est encore plus flagrant avec le quatuor suivant : l’Espagnol Javier Sanso (Acciona 100% EcoPowered) déboule à 17 nœuds au large de l’archipel de Trindade et Martim Vaz avec près de 300 milles de gain.

Que va-t-il se passer dans les heures qui viennent ? Difficile de l’anticiper dans la mesure où la bande nuageuse n’apporte pas de grosse brise mais seulement un souffle modéré d’une petite vingtaine de nœuds de secteur Nord. Il sera possible aux partisans occidentaux de tourner à gauche, mais pas tant que cela : il faut encore glisser vers le Sud pour contourner l’anticyclone alors que le leader peut à l’occasion d’une bascule du vent au Nord-Ouest, tenter de se recadrer devant la route de ses concurrents.

Tout va dépendre des humeurs de Sainte-Hélène, mais ce qui devient certain, c’est que les écarts vont perdre de leur importance ces prochains jours. Le passage de la première porte des glaces dans le Sud-Ouest du cap de Bonne Espérance devrait compresser la flotte avant l’entrée dans le dur, l’océan Indien.

Coucher de soleil pour De Lamotte (18/11)Tanguy de Lamotte (Initiatives-cœur) : "La nuit parfaite !!! Après un coucher de soleil impeccable : quelques nuages mais des couleurs extraordinaires. La lune brille fort et illumine le pont comme en plein jour ! La mer est calme, le bateau glisse sans effort à 11 nœuds et il fait bon dehors. J"ai mangé adossé à l’antenne du Fleet 500 à regarder passer les nuages devant la lune : quel bonheur ! Je vais dormir un peu mais j"espère que le spectacle continuera à mon réveil. Faites de beaux rêves… "Photo @ Tanguy De Lamotte (Initiatives-Cœur / Vendée Globe)

 

«Au tropique du Capricorne, où étant arrivé, ce que les Pilotes connaissaient par la hauteur du soleil, ils nous obligèrent de faire les cérémonies accoutumées, plutôt pour tirer quelques pièces d’argent de ceux qui n’ont jamais passé le Tropique, que pour les obliger à s’en ressouvenir toute leur vie, et pour éviter les accidents dont ils les menacent superstitieusement : c’est un droit dont les Pilotes sont en possession de toute ancienneté, et quoique ceux qui sont obligés de le subir s’en plaignent, il ne laisse pas néanmoins d’être exercé de l’aveu des capitaines et des officiers de navires. »
Lestra (Relation ou journal d’un voyage nouvellement fait aux indes Orientales – 1677)