Le jeudi 19 janvier 2017, Armel Le Cléac'h remportait la 8e édition du Vendée Globe sur son monocoque Banque Populaire VIII après un tour du monde sans escale et sans assistance. Le Finistérien améliorait ainsi le précédent record de près de 4 jours (3 jours, 22 heures et 40 minutes) établi par François Gabart lors de sa victoire lors de l'édition 2012-2013. Mais au-delà de la compétition et des records, le Vendée Globe c’est une histoire de technique et d’humanité, de mer et de sel, de limites et de dépassement. Et nous, on aime… Alors la rédaction de voilesetvoiliers.com vous en fait suivre les péripéties de près.

Actualité à la Hune

Vendée Globe 2012-2013 / J+17

Vendée Blog : le grand virage

C’est parti ! Le grand virage a commencé… Avec la rotation des alizés au secteur Nord, les leaders ont commencé à obliquer vers l’Afrique, mais la configuration de l’Atlantique Sud n’est pas simple : il va falloir enchaîner les empannages pour rallier au plus vite le 35°S. Or la brise n’est pas très soutenue pour glisser dans le Sud vers une dépression puissante et rapide…
  • Publié le : 27/11/2012 - 06:54

Classement du mardi 27 novembre à 16 heures
1- Armel Le Cléac’h (Banque Populaire) à 19 519 milles de l’arrivée
2- Alex Thomson (Hugo Boss) à 166,6 milles du leader
3- François Gabart (Macif) à 174,5 milles du leader
4- Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat) à 227,2 milles du leader
5- Jean Pierre Dick (Virbac Paprec 3) à 273,6 milles du leader

On peut noter la belle et continuelle remontée d'Alex Thomson, maintenant 2e. Et le recul au classement de Jean-Pierre Dick, du fait de son option Ouest. Mais attention, rien n'est joué : les routages effectués jusqu'à Gough Island montrent que «JP» pourrait bien revenir fort à la fin de l'Atlantique Sud !

Hugo Boss dans la brise sous spiDepuis que les alizés ont tourné à l’Est au large de Recife, Alex Thomson tient le rythme à bord de son plan Farr de 2008. Hugo Boss est calé dans le sillage de François Gabart et contient Bernard Stamm à son vent : le décalage latéral de Jean-Pierre Dick lui ouvre les portes du podium…Photo @ Christophe Launay (Hugo Boss)

A ce jour, les empannages se succèdent par doses homéopathiques, histoire de se caler sous le vent de la flotte depuis que les leaders abordent la face Sud de l’anticyclone de Sainte-Hélène.

Le premier à jouer la carte du décalage latéral fut Jean-Pierre Dick (Virbac Paprec 3) qui avait déjà choisi depuis deux jours en atterrissant sur l’archipel de Trindade et Martim Vaz, de suivre un cap plus abattu et plus rapide (sur l’eau). Le Niçois est désormais le plus au Sud de la flotte mais la conséquence en est une perte sèche par rapport au leader de plus de 150 milles en 48h, avec un écart latéral de 250 milles sur Armel Le Cléac’h (Banque Populaire)…

Le deuxième à changer de cap est le dauphin François Gabart (Macif) qui opte pour une route intermédiaire : quatre petites heures la nuit dernière (quand les positions des solitaires ne sont pas relevées) lui permettent de se positionner plus de 100 milles au Sud de la trajectoire du premier.

Enfin profitant du relevé satellitaire de 4h (heure française) qui fournit les positions au public mais aussi aux concurrents, Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat) et Jean Le Cam (SynerCiel) ont enclenché la manœuvre à cette heure pile, histoire de faire croire qu’ils n’avancent pas beaucoup ou qu’ils veulent tromper leurs adversaires…
La carto météo de Guillaume Bolo - 27 novembre 09 heuresA partir des positions du Vendée Globe, voici la carto météo de Guillaume Bolo pour le 27 novembre (grib de la NOAA via le logiciel Zygrib). Pas simple, la situation : il va falloir bien viser !Photo @ Guillaume Bolo - Vendée Globe 2012 Une bulle sur la route

Les premiers longent en effet une bande nuageuse qui cache dans son Sud une bulle sans beaucoup de vent : toute la difficulté réside dans le dosage à donner entre une trajectoire positive vers le but (cap au 110°) et un recadrage vers le Sud (cap au 200°) qui est redoutable au classement. L’énorme différentiel constaté ce mardi matin est en la conséquence : une trajectoire à 90° voire plus de la route directe fait perdre une dizaine de milles par heure ! Pour autant, les cinq premiers n’ont pas d’autre choix que de naviguer « en escalier » pour éviter de s’empêtrer dans les vents faibles qui règnent sur la bordure méridionale de l’anticyclone.

Positions du 27 novembre à 5hSous le tropique du Capricorne, une bande nuageuse cache une bulle sans vent : les solitaires doivent composer avec des alizés poussifs de secteur Nord à Nord-Ouest et l'impératif de gagner dans le Sud pour éviter de s"embourber dans l'anticyclone de Saint-Hélène. (Cliquez pour agrandir).Carto @ Addviso & Supersoniks

Pour l’instant, Armel Le Cléac’h est en position de force puisqu’il peut plus facilement trouver le compromis entre la force et l’orientation d’alizés en perte de vitesse et la réaction de ses concurrents. Avec toutefois le risque de s’enferrer dans la bulle plusieurs heures, voire une demie journée car la brise ne va pas dépasser de beaucoup les six-huit nœuds ces prochains jours sur la route directe. Il va donc falloir s’adapter à cette bordure nuageuse qui s’avère plus ventée avec des bascules intéressantes pour glisser vers le Sud.
 

Retour par l’arrière

La situation évoluant rapidement puisqu’une nouvelle dépression orageuse sort du Brésil d’ici 24h, le trio suiveur à 450 milles du leader n’a pas tout à fait la même problématique : l’arrivée d’un vent soutenu de Nord (15-20 nœuds) dès mercredi matin va permettre à Mike Golding (Gamesa), Jean Le Cam et Dominique Wavre (Mirabaud) d’accrocher plus rapidement le 35° Sud sur lequel un régime de Nord-Ouest musclé s’installe pour toute la semaine.

Vendée Globe 2012-2013 : les positions le 27 novembre à 5 heuresLes positions le mardi 27 novembre à 5 heures. On le voit ici : le virage autour de l'anticyclone de Sainte-Hélène ne s"annonce pas facile... Notez que Gabart est maintenant à plus de 150 milles de Le Cléac'h. (Cliquez pour agrandir).Carto @ Addviso & Supersoniks Ils seront les premiers à accélérer franchement et, surtout, à ne plus risquer d’entrer dans le piège anticyclonique : en empannant dès ce mardi matin, Jean Le Cam confirme qu’il veut devancer ce changement météo en se positionnant le plus à l’Ouest possible pour être le premier à en bénéficier.

Quant au quatuor Sanso-de Lamotte-Boissières-de Broc, il ne va pas falloir traîner en route : s’ils n’accrochent pas cette dépression brésilienne, ils vont se retrouver dans des alizés mous avec une porte qui se referme devant leur étrave car une cellule anticyclonique se forme dès jeudi soir au Sud de la baie de Rio de Janeiro, apportant des vents contraires de Sud-Est pour le week-end ! Ceux qui ne passeront pas vont être en grande difficulté jusqu’au début de la semaine prochaine…
 

La contrainte des portes

La position très Sud du centre de l’anticyclone de Sainte-Hélène ne va pas faciliter le choix de route puisque les solitaires ne pourront pas descendre très en-dessous du 40°S avant le passage du cap de Bonne Espérance. La Direction de Course, au vu des derniers relevés satellitaires des glaces dérivantes dans l’Atlantique Sud a en effet décidé de remonter d’un degré vers le Nord et de décaler de sept degrés vers l’Est la première « porte des glaces » (voir ici l'article sur le parcours du Vendée Globe et ces fameuses portes).

Mis en place depuis plusieurs éditions, ces «portes» permettent d’éviter que les solitaires se fassent piéger par des icebergs et des growlers sur une trajectoire trop Sud. Or les derniers relevés indiquent que les glaces dérivantes sont montées jusqu’aux abords du 45°S… A l’horizon du week-end, il ne sera pas facile de négocier cette porte alors qu’une bulle anticyclonique va se glisser sous l’Afrique du Sud !

Armel Le Cléac"h en vacation radioArmel Le Cléac’h (Banque Populaire) : "On subit l’anticyclone de Sainte-Hélène et les écarts sont relativement faibles à l’échelle du Vendée Globe. Il y a une petite dépression devant qui amène plus ou moins de brise et ce n’est pas stable au niveau du vent. Il faut jouer avec et ça ne va pas être simple d’arriver à la porte Atlantique. On essaye de trouver le chemin le plus court qui présente le moins de risques. On a des conditions assez estivales : après, les mers du Sud seront plus compliquées..."Photo @ Vincent Curutchet DPPI / Banque Populaire

 

« Les hommes prêtent plus d’attention au soleil couchant qu’au soleil levant ; l’aube ne leur fournit qu’une indication supplémentaire à celles du thermomètre, du baromètre et – pour les moins civilisés - des phases de la lune, du vol des oiseaux ou des oscillations des marées. Tandis qu’un coucher de soleil les élève, réunit dans de mystérieuses configurations les péripéties du vent, du froid, et de la chaleur ou de la pluie dans lesquelles leur être physique a été ballotté. Les jeux de la conscience peuvent aussi se lire dans ces constellations cotonneuses. Lorsque le ciel commence à s’éclairer des lueurs du couchant (ainsi que, dans certains théâtres, ce sont de brusques illuminations de la rampe, et non pas les trois coups traditionnels, qui annoncent le début du spectacle), le paysan suspend sa marche au long du sentier, le pêcheur retient sa barque et le sauvage cligne de l’œil, assis près d’un feu pâlissant…

Aussi est-ce quand le soleil s’abaisse vers la surface polie d’une eau calme, telle l’obole d’un céleste avare, ou quand son disque découpe la crête des montagnes comme une feuille dure et dentelée, que l’homme trouve par excellence, dans une courte fantasmagorie, la révélation des forces opaques, des vapeurs et des fulgurations dont, au fond de lui-même et tout le long du jour, il a vaguement perçu les obscurs conflits…

A chacune des oscillations provoquées par une houle légère, on avait commencé à percevoir la chaleur avec plus d’insistance, mais la courbe décrite était si peu sensible qu’on pouvait prendre le changement de direction pour un faible accroissement du roulis. Nul, d’ailleurs, n’y avait prêté attention, rien ne ressemblant plus à un transfert géométrique qu’une traversée en haute mer. Aucun paysage n’est là pour attester la lente transition au long des latitudes, le franchissement des isothermes et des courbes pluviométriques. Cinquante kilomètres de route terrestre peuvent donner l’impression d’un changement de planète, mais 5 000 kilomètres d’océan présentent un visage immuable, au moins à l’œil non exercé. Nulle préoccupation d’itinéraire, d’orientation, nulle connaissance des terres invisibles mais présentes derrière l’horizon rebondi, rien de cela ne tourmentait l’esprit des passagers… »

Claude Lévi-Strauss (Tristes tropiques)


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LA TABLE RONDE VOILES & VOILIERS ET DENIS HOREAU
Tours du monde : les portes des glaces en questions

Organisée par Denis Horeau (patron du Vendée Globe et de la Barcelona World Race) et Hervé Hillard (Voiles et Voiliers), une grande table ronde sur les glaces et les tours du monde s’est tenue à Paris, en septembre 2011.

Table ronde Voiles & Voiliers et Denis Horeau, septembre 2011En septembre 2011, la table ronde sur les portes des glaces organisée par Voiles & Voiliers et Denis Horeau a permis d’éclairer le débat.Il y avait là des skippers chevronnés (Yann Eliès, François Gabart, Arnaud Boissières, Marc Guillemot et Lionel Lemonchois), des navigateurs-météorologues-routeurs réputés (Jean-Yves Bernot et Marcel van Triest), deux spécialistes des glaces et de l’imagerie satellite de la société CLS (Vincent Kerbaol et Philippe Escudier), le directeur de la SAEM Vendée et patron du Vendée Globe (Guillaume Henry), un membre de la FFVoile spécialiste des problèmes juridiques (Bernard David) – entre autres.
Cette réunion a permis aux uns et aux autres de mieux comprendre la complexité technologique, météorologique, sportive et juridique posée par les glaces dérivantes dans le Grand Sud.

Vous pouvez en lire le compte-rendu exhaustif en quatre chapitres ici :

1. Deux outils complémentaires
Imagerie radar et altimétrie, les glaces sous surveillance


2. Une origine commune, des destins divers
De l'Antarctique aux 40e, le difficile suivi des glaces


3. Une question juridique fondamentale
Qui est responsable en cas de collision d'un concurrent avec un iceberg ?


4. Trois choix techniques très différents
Portes des glaces, waypoints uniques ou limites Sud ?